CHAPITRE V.
275
de trois ou quatre. Bientôt, dans une grande carrière desable située à l’extrémité du Champ-de-Mars, ils se trou-vèrent réunis au nombre d’environ quatre-vingts. Tho-mas les fit ranger par régiments, et prenant la parole, illeur exposa les motifs du complot, le plan qu’il fallaitsuivre, les ressources dont on disposait, les chances desuccès, la nécessité d’agir avec audace et promptitude.Vivement soutenue par Bernard, cette allocution excitedans l’assemblée un sombre enthousiasme. Le 10 e régi-ment paraissant hésiter, « Nous mettrons le feu au quar-tier du 10 e , » crie une voix. Le sort en est jeté. On se sé-pare en disant : A minuit !
Mais quelle est la surprise des sous-oflîciers, lorsqu’enrentrant dans leurs quartiers, ils aperçoivent les officiersen armes et des piquets qui, de toutes parts, se rassem-blent, commandés par des capitaines. Plus de doute : onest trahi. Un traître, en effet, était allé raconter au géné-ral Gusler la scène du Champ-de-Mars, et les sous-olli-ciers venaient d’être devancés. Plusieurs furent arrêtéset dirigés sur Nancy avec escorte de gendarmerie. Aumoment où ils passaient devant le quartier du 4 ‘ régi-ment : « A cheval, s’écria le maréchal-des-logis Lapo-« taire. Laisserons-nous enlever nos camarades ?» Maisl’occasion était perdue, perdue sans retour. Cinquantecuirassiers qui avaient pris la route de Nancy pour déli-vrer Bernard, se laissèrent ramener à Lunéville , et l’in-surrection y fut de la sorte étouffée dans son berceau.
Nous passerons rapidement sur les agitations qui, dansdiverses parties de la France , furent comme le contre-coup delà secousse immense imprimée au peuple de Lyon .Elles ne servirent qu’à montrer combien était encore in-