HISTOIRE DE DIX ANS.
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« sais ce que vous déciderez, monsieur le baron, mais je sais que-« rien ne pourra changer les sentiments que je vous ai voués,c Sainte-Pélagie. Septembre 1831.
« Dcrdan, ouvrier passementier. »
Dans une société régie par des institutions philosophi-ques, nul doute que l’emploi du geéilier ne dût être honoréà l’égal des fonctions les plus respectables, et qu’on ne-dût appeler à le remplir des hommes d’un noble caractèreet d’une vertu éprouvée. Car quels trésors de modération,de dignité, de fermeté calme et de tolérance, n’exige pasl’exercice d’une fonction qui consiste à veiller sur des es-prits chagrins ou ulcérés, et à contenir dans de justesbornes le regret de la liberté perdue? Mais dans la sociétételle que l’avait faite le gouvernement de la bourgeoisie,la peine n’était pas seulement une alfaire de sécurité, c'é-tait une affaire de vengeance. Aussi n’employait-on, engénéral, au service des prisons, que des êtres durs, sanséducation, sans pitié, accoutumés à ne voir dans un pri-sonnier qu’un ennemi, et mettant volontiers leur amour-propre à outrer la haine.
Nous devons toutefois à la vérité de reconnaître que cene fut guère que pendant les premiers jours de la réactionqu’on parut se plaire à appesantir sur les détenus politi-ques de Sainte-Pélagie le fardeau de la captivité. L’ordrequi condamnait les plus compromis à l’effroyable supplicedu secret , une fois levé, le séjour de la prison devint, pourtous, fort tolérable. Le directeur de Sainte-Pélagie,M. Prat, était un homme qui semblait tenir en réservepour les prisonniers ordinaires tout ce qu'il y avait en lui4e finesse, de sévérité, et qui ne manquait, à l'égard des•prisonniers politiques, ni de laissez-aller ni d’indulgence.