398
HISTOIRE UE DIX AXS.
constitution serait violée dans son essence. Ce raisonne-ment était sans réplique. Aussi les partisans sincères duPouvoir se placèrent-ils sur un autre terrain. « Vous ne« voudrez pas, Messieurs, s’était écrié M. Duvergier de« Hauranne, vous ne voudrez pas combler de joie les partis« et paraître vous associer à leurs coupables tentatives 5« vous prouverez à la pairie qu’elle a de son côté cette« Chambre, dans la lutte qu’elle soutient contre les fac-« tieux. » C’était poser la question avec netteté. Car il s’a-gissait désormais, pour le gouvernement, de se défendre,non pas au moyen delà lbi, mais par la violation de la loi,et en écrasant ses ennemis sous une accumulation de me-sures non moins arbitraires que brutales. I.e Château enavait pris son parti. Entre M. Pagès (de l’Arriège), quiessaie de la ramener au sentiment de sa dignité, etM. Persil, qui l’excite à ne prendre conseil que de seshaines, la majorité n’hésite pas ; elle a écouté le premierdans un morne silence, elle applaudit le second avec trans-port. A son tour, M. Arago se lève. Et évoquant un sou-venir funèbre :
« C’était en décembre 1815, dit-il. On instruisait alors« un grand procès dans le même palais où l’on veut« traîner M. Audry de Puyraveau . Le 6 . cette date ne« s’effacera jamais de ma mémoire, le droit de défense
« fut outrageusement violé. Dans la matinée du
« 7, je parcourais la liste des membres de la Cour des« pairs. Je marquais avec la pointe d’un crayon tous ceux« qui, d’après mes relations personnelles, me semblaient« devoir prononcer un verdict d’acquittement. La majo-« rité me paraissait imjnense ; elle se composait des frères« d’armes du maréchal, d’une foule d’hommes d’État