Band 
Tome quatrième.
Seite
404
JPEG-Download
 

404

HISTOIRE DE DIX AXS.

et l'impétueuse éloquence de son langage. 11 fut mémo siâpre dans ses attaques contre Armand Carrel , qu'unerencontre personnelle aurait eu lieu inévitablement, si desamis communs ne s’étaient employés avec passion à rap-procher deux hommes si dignes de rester unis. Au reste,la fermentation des esprits s'expliquait assez par l'impor-tance de la question qu’on agitait. Car enfin, il y allait dela dignité du parti tout entier, et c'est ce que M. Dupontavait amèrement compris. « Tout ceci, s’était-il écrié,« n’est pas seulement une affaire de logique, c’est aussi« une affaire de sentiment. Eh bien, qu’on interroge les« femmes, si aptes à décider des choses du cœur; et,j’en« jure, pas une ne répondra : vous devez reculer. » Mais,suivant M. Armand Carrel , il n'y avait nulle faiblesse, dela part d’un parti, à prendre ses avantages et à ne sepoint laisser imposer par ses propres ennemis sa manièrede combattre. 11 se trompait dans l'application, puisquela meilleure tactique ici était d’exagérer jusqu'à l'audace ;et, au fond, il le sentait si bien lui-mème qu'il surprit toutle monde par la facilité avec laquelle, dans le cours dela discussion, il passa de son opinion à l'opinion contraire.Malheureusement, il faut, pour s’avouer vaincu, une no-blesse de caractère et une supériorité d'intelligence dontpeu d'hommes sont doués. Ceux qui voulaient éluder lasolidarité de la lettre redoublèrent de clameurs, et bientôtil devint manisfeste qu’on serait obligé de leur céder.

M. Trélat avait suivi en silence la marche de cette tristequerelle. Il en prévit le dénoùment, et il résolut d’affron-ter toute la responsahilité, en se déclarant seul coupable.Ce ne fut, toutefois, qu’après une lutte intérieure pleined’anxiété qu’il s’y décida. 11 aimait tendrement sa femme ;