HISTOIRE DE DIX ANS.
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entretien avec MM. de Werther et d’Appony, ambassa-deurs de Prusse et d’Autriche , leur parle d’un voyage enAllemagne projeté par le duc d'Orléans, les prie d'obtenirl’agrément de leurs Cours respectives et leur recommandele secret.
Un ambassadeur est toujours intéressé à ce que desrapports de bienveillance et d’intimité se nouent entre laPuissance qu'il représente et celle auprès de laquelle il estaccrédité: MM. de Werther et d’Appony accueillent avecempressement la communication deM. Thiers.On met sur-le-champ des courriers à leur disposition, et l’on ne tardepas à recevoir une réponse favorable. Qu'on juge de lasurprise, du dépit de l’ambassadeur de Russie , dupe d'unsecret trop bien gardé. Mais M. Thiers connaissait particu-lièrement le comte de Pahlen : il s’était chargé de l'adou-cir et n’v eut pas de peine. Tout avait donc réussi parfai-tement. Le duc d’Orléans était transporté de joie ; le ducde Nemours , son frère, fut désigné pour l’accompagner ;et, quant au roi, rompant avec ses habitudes d’économieparce qu'il s'agissait ici d’un intérêt dynastique, il mit à ladisposition de ses fils autant d’or qu’il leur en fallait pourbriller à la manière des princes.
En même temps, M. Thiers écrivait à M. de Saint-Aulaire une lettre qui avait l'importance d’une dépêchesans en avoir le caractère, et que celui-ci devait se bornerà lire à M. de Metternich , le cas échéant. On ne voulaitpas, en effet, que l'affaire de famille ressemblât à uneaffaire de Cabinet, et il avait été convenu que le ducd’Orléans ferait, de sa personne, les frais de la négocia-tion, sauf à être appuyé par l’ambassadeur français si lesuccès devenait probable. Dans sa lettre, M. Thiers n’avait