CHAPITRE III.
5!)
rière-pensées de despotisme, dont sa modération prenaitalarme. Au milieu des tentations de la crise prévue, sau-raient-ils respecter la liberté individuelle? consentiraient-ils à proclamer sur-le-champ le régime du droit commun?Voilà ce qu’il se demandait sous l’empire d'une magna-nime inquiétude. Eux cependant, ils étaient là, l’encou-rageant à l’audace, le pressant, le poussant, lui criant demarcher et de vaincre, sans s’inquiéter des limites futu-res—, parce que, la victoire une fois remportée, l’essen-tiel est moins de la faire absoudre par les vaincus que dela compléter et de l’asseoir. C’est ce qu’il fut impossibleà Armand Carrel de nier jusqu’au bout, surtout en pré-sence des excès d’un pouvoir qui ne gouvernait que parla colère. Les pensées de l’homme d’État et les ressenti-ments du citoyen qu’on opprime combattaient donc en luiles inspirations du chevalier, et ce combat avait fini par lejeter dans une tristesse héroïque.
Il s’affligeait aussi du perpétuel refoulement de ses dé-sirs. II lui aurait fallu les tourments de la gloire, la viedes camps, et il n’avait, pour employer son énergie, quele journalisme, genre de lutte dont les émotions, si viteeffacées, ne rachetaient point à ses yeux les froids souciset les fatigues vulgaires.
Heureux encore s'il n’avait pas été en butte, parmi lessiens, à des défiances qui, austères seulement de la parides uns, présentaient chez les autres un caractère mar-qué d’injustice. Suivant ceux-là, il n’était ni assez respec-tueux pour le peuple, ni assez impatient de son triomphe.Ceux-ci allaient plus loin : ils lui reprochaient son élé-gance militaire et les formes patriciennes de son dédain ;ils ne pouvaient lui pardonner l’injure de sa supériorité et