HISTOIRE DE DIT ANS.
que M. de Feuillide avait bien le droit de trouver mau-vaise l’entreprise de M. de Girardin, blâmant d’ailleurs cedernier d'avoir eu recours aux lois de septembre.
M. Émile de Girardin répondit par un article qui sem-blait jeter des doutes sur la loyauté du rédacteur en chefdu National, et annonçait en termes généraux des atta-ques ultérieures.
A l’égard de l’homme qui prétendait entrer en lice aveclui, Carrel était placé assez haut pour ne se pas émouvoir..Mais il se laissa emporter par l’ardeur de son sang.
Avant d’aller plus loin, je dirai quelle était alors sa si-tuation d’esprit. Un trouble invincible l’agitait. Car, touten le saluant chef de parti, l’opinion ne lui fournissaitaucun point d’appui sérieux, et il le sentait amèrement.Gomme il était dans sa nature de redouter les emporte-ments populaires, et que la possibilité d’une vaste ré-forme sociale lui apparaissait à peine dans le lointain,,peut-être se serait-il appuyé volontiers sur la bourgeoisie,s’il l’avait jugée digne de la république et accessible augoût des grandes choses. Mais la voyant soumise en géné-ral à des passions grossières, amoureuse d’un repos sansgrandeur, passionnée pour le médiocre et servile par cu-pidité, il s’était détourné d’elle avec un mélange de regretet d’indignation. Il portait, d’ailleurs, à celui qu’elle avaitchoisi pour guide, une haine presque personnelle, unehaine dont chaque accident nouveau de la politique ve-nait envenimer et creuser dans lui la blessure.
D'un autre côté, il se trouvait mal à l’aise dans sonpropre parti. Il s’effrayait d’avoir à conduire certainshommes dont l’obéissance même était impérieuse et vio-lente 5 il leur supposait une ardeur de représailles, des ar-