CHAPITRE VI.
18 »
vicaire ici-bas, le sultan, et elle est à qui la féconde.Ainsi, pour l’Arabe du Tell, pas d'habitation stable ; maisdes tentes qui protégeaient la moisson et des silos oùallaient s’enfouir les grains.
Autre était l’existence des tribus répandues au sud desdernières chaînes de montagnes, dans le pays des Palmes,limité par le désert. Composées de pasteurs, ces tribusobéissaient à un régime de pérégrination annuel, régulier,prescrit par le climat et la nature des productions. Aprèsavoir passé dans leurs landes l’hiver et le printemps,époques favorables aux pâturages, les ambulantes cités duSahara s’avançaient vers le nord, à la fin du printemps,suivies de chameaux chargés d’étoffes de laine et de dattes,et elles allaient échanger ces produits de l’Algérie du sudcontre les céréales des cultivateurs du Tell.
De là, pour les Français , conquérants du littoral, uneindication de la plus haute importance. Puisque, chaqueannée, un mouvement nécessaire et pacifique entraînaitvers le nord l’Algérie méridionale, l’attirer et l’attendrevalait mieux que l’aller chercher en la menaçant. Com-ment, d’ailleurs, pénétrer par les armes dans l'intérieur?Comment franchir, sans les inonder de sang, les mon-tagnes, remparts naturels et redoutables, défendus pardes Kabyles en qui revivaient l’audace et l’agilité des an-ciens Numides?
Les Turcs, cependant, avaient pu étendre jusque sur lestribus du Sahara le joug de leur aristocratie militaire : ilsy étaient parvenus par une savante combinaison de laviolence et de la ruse. Habiles à profiter de l’ascendantque leur donnait sur une population musulmane le titrede chef suprême des croyants accordé à l’empereur de