CHAPITRE VI.
I-i I
à exploiter, les relations commerciales de l'Algérie du sudavec Maroc , avec Tunis , à féconder et à étendre, uneissue à fournir au débordement de cette marée de pauvresqui menace d'une prochaine et mortelle inondation nossociétés d'Europe , voilà ce qu'en 1830 la fortune étaitvenue nous offrir. Il ne nous restait plus qu'à savoir tirerparti de notre force et à justifier l’investiture que noustenions de la victoire.
Or, si nous apportions aux Arabes , en même tempsque le pouvoir et l'unité, nos lumières, nos arts, unenotion plus haute de l'humanité, des mœurs plus douces,unsentimentdélicatdes choses, peut-être à leur tour nouspouvaient-ils induire à modifier quelques-unes de nosidées, surtout celles qui se rapportent à cet individualismeombrageux d'où naît dans nos villes et nos villages, uneguerre sourde, mais implacable et permanente.
Toujours est-il que c’était trop peu d’avoir étouffé,dans Alger conquis, un foyer de piraterie, et de campersur la côte africaine, pour assurer le parcours de la Mé-diterranée : il était digne de la France de vouloir et d'oserdavantage. Elle avait à découvrir le lien qui doit unir lacivilisation de l’Orient à celle de l’Occident .
Et envisagée sous cet aspect, quelles magnifiques pro-portions ne prenait pas notre conquête ! quelle perspec-tive n’ouvrait-elle pas devant nous! Les idées qui germentdepuis le commencement du siècle dans l’esprit des pen-seurs généreux et que salue de loin l’instinct du peuple,allaient trouver un vaste champ d’application ; l’Afrique devenait le terrain précieux où pouvaient être sans dangermis à l’épreuve ces essais de rénovation sociale que fontparaître si menaçants les habitudes, les préjugés, les