202
HISTOIRE DE DIX ANS.
« Vous fourniriez, pendant cinq ans, une pension de« cent francs à cinq mille soldats blessés, estropiés ou« infirmes. »
C’étaient là des considérations toutes républicaines.Elles Louchèrent néanmoins une bourgeoisie qui se croyaitet se disait monarchique. Us ne comprirent pas, ces bour-geois inconséquents, qu’il est dans la nature des chosesqu’une royauté s’entoure d’éclat et pèse sur le peuple. Ilsauraient désiré une royauté obéissante, modeste, vivant depeu, mesurant avec sagesse ses demandes à ses besoins,et, même alors , se résignant volontiers à rendre descomptes. Désir chimérique! Quand on s’est avisé de pla-cer un homme sur ces hauteurs qui donnent le vertige,quand on lui a permis de regarder les générations à venircomme la propriété de sa race, quand on l’a déclaré invio-lable, quand on a osé dire de lui qu'il ne pouvait mal faire,la folie est grande de vouloir assigner des limites à sonorgueil et à ses exigences. Il faut le subir tel qu’on l’a fait.Il faut, ou ne se point donner un maître, ou s’entendre àservir.
Mais la bourgeoisie voulait un maît re qu’elle eût le droitd’humilier au besoin. Elle salua donc de ses cris l’appari-tion du pamphlet lancé contre la loi d'apanage. Le succèsde ce pamphlet fut prodigieux. Vingt-quatre éditions lerépandirent en France sous toutes les forijies. Il pénétradans les campagnes les plus désertes, dans des chaumièresoù jamais journal n’était entré. Dans les villages du nord,on montait sur les bornes pour le lire à la foule, qu’ilpassionnait. Traduit dans les langues étrangères, il appritaux rois de l’Europe que l’esprit d'affranchissement vivaitencore dans notre pays, contenu mais indompté. Le