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HISTOIRE DE DIX ANS.
avait-il prononcé ces mots, qu’on le vit tomber à la ren-verse, frappé d’un boulet de canon. Le général Perrégauxse penchant aussitôt sur lui, une balle l’atteignit à la tète.Le gouverneur-général fut relevé avec une émotion pleinede respect par les témoins de sa mort glorieuse, et, quel-ques instants après, le corps sanglant traversait l’armée,couvert d’un manteau.
Parmi les soldats, il y en eut qui pleurèrent leur chef :tous saluèrent sa destinée. Le commandement revenait dedroit au lieutenant-général Valée : il le prit, aux applau-dissements des troupes ; et ce fut avec transport qu’ellesreçurent, le jour même, la grande nouvelle de l’assautpour le lendemain.
Le lendemain était un vendredi. Or, d’après unecroyance superstitieuse depuis long-temps répandue parmiles Arabes , le vendredi devait marquer en Afrique letriomphe définitif des chrétiens. Mais Constantine ne s’enpréparait pas moins à une résistance furieuse. Et, de leurcôté, les Français se montraient sûrs de vaincre, puisquec'était corps à corps qu’ils allaient saisir l’ennemi. Lestroupes destinées à l’assaut avaient été, dès la veille, di-visées en trois colonnes, sous les ordres du lieutenant-co-lonel Lamoricière, du colonel Combes et du colonel Corbin.A sept heures, le signal est donné, et au bruit des tam-bours tous les cœurs palpitent d’impatience et de joie. Leciel était radieux ce jour-là. Commandée par Lamoricière ,la première colonne, au milieu de la plus vive fusillade,gagne le rempart au pas de course. Voilà les zouaves de-bout sur la brèche; et le drapeau tricolore, qu’y plante lecapitaine Garderens, est salué par de victorieuses accla-mations. Mais le danger restait caché dans le triomphe.