LIVRE XIV, CIIAP. LXXXVIII.
889
défense ne futpasmoins opiniâlrequel’attaque. Les•■ssiégés, dirigés par le colonel Phélippeaux , creu-8 erent un boyau dans le fossç, pour prendre à re-vers les grenadiers qu’on envoyait à la brèche, etParvinrent même à élever quelques ouvrages en-i *rc la ville et le camp. Tous les jours étaient mar-[ Inès par de nouvelles sorties; et, dans l’une d’elles,l 'ls réussirent àéventer la mine de la courtine. Celle| poussée contre la tour n’ayant pas produit l’effetj qu’on en attendait, il semble qu’on aurait dû porterles efforts sur un autre point, avec d’autant plusde raison, qu’on n’ignorait pas que cette tour n’of-frait aucun débouché dans l’intérieur; mais on■ s’obstina à s’en rendre maître; on multiplia des at-taques qui échouèrent toutes, et coûtèrent la viei au brave Caffarelli.
I Le fléau de la peste, dont le soldat avait apportéle germe du sac de Jaffa , aggrava bientôt les fati-I gués inséparables d’un siège aussi long; et, pourj comble de disgrâces, un convoi de 80 voiles venantj de Pile deRhodcs entra le 7 mai dans la rade, avecde puissantssecours d’hommes, de vivres et de mu-! Citions. Bonaparte sentit que pour conserver quel-j que espoir de succès, il fallait en prévenir le dé-barquement; et, le même jour, il ordonna l’assaut.
A dix heures du soir, la division Bon se porta surles ouvrages extérieurs des assiégés, les en chassa,et. malgré la plus vigoureuserésistance, escalada la'our où elle pouvait se loger. L’artillerie ayant pro-fité de ce demi-succès pour battre la courtine, àfia pointe du" jour la brèche fut praticable, et le gé-néral Lannes reçut l’ordre d’y marcher. La tètede sa division, composée de 200 grenadiers com-mandés par le général Rambaud, arriva jusqu aur etnpart, sous la protection des soldats placés surtour. Mais les Turcs, revenus bientôt de leurP r emière terreur , filent dans le fossé, se jettentmitre ces pelotons et le reste des troupes de Lan-ri(1 s qu’ils refoulent jusque dans les tranchées. LesS r enadiers de Rambaud, au contraire, après avoirCs caladé la courtine et le retranchement intérieurl'ie Phélippeaux avait fait établir en arrière, sau-vent dans la place au moment où les troupes debannes accablées battaient en retraite. Ces braves,'"'limes de leur intrépidité, ne conservant plusdespoir d’être secourus, se retranchent dans uneMosquée, déterminés à vendre chèrement leur vie:
Tojiii m.
bientôt les barbares les entourent, en poussant deshurlements affreux. Déjà ils avaient consommétoutes leurs cartouches: il ne leur restait d’autresarmes que des baïonnettes, lorsque Sidney Smith,touché de tant de valeur, s’interposa entre eux etles Turcs, et leur accorda une capitulation à la-quelle ils n’osaient plus prétendre.
Malgré les pertes considérables de cette journée,où Lannes fut blessé et Rambaud tné, le généralen chef renouvela l’attaque le surlendemain, avecla division Kléber qui venait de rentrer au camp.Cette tentative ne fut pas plus heureuse que lesprécédentes, et coûta la vie au général Bon, ainsiqu’à une foule d’officiers de marque. Cet effort desassiégeants fut le dernier. Bonaparte considérantque l’armée était diminuée d’un tiers par les com-bats et les maladies, et que les renforts survenusaux assiégés mettaient toutes les chances de leurcôté, se détermina enfin à renoncer à son en-treprise. Les rapports inquiétants qu’il reçut del’Egypte , contre laquelle la Porte dirigeait unepxpédition maritime, le confirmèrent dans cetterésolution. Il commença à faire filer les blessés etla grosse artillerie, incendia les magasins, ravageala campagne, et effectua sa retraite dans la nuit du20 mai, après avoir fait éprouver une perte consi-dérable à la garnison, qui, avertie des préparatifsde la levée du siège , crut pouvoir éeharper l’ar-rière-garde dans la tranchée.
L’armée française arrivée le 21 à Tentoura, oùelle détruisit tout ce qu’elle ne pouvait emmener,en partit le lendemain pour Jaffa , dévastant sur laroute le pays des Naplouzains, qui venaient har-celer ses flancs. Bonaparte resta trois jours à Jaffa pour en faire sauter les fortifications; scs divisionsqui continuèrent leur marche sur El-Arisch y en-trèrent le 1 er juin. Le passage du désert fut leterme des souffrances de l’armée de Syrie : elleretourna ensuite à petites journées dans l’iutérieurde l’Egypte , à l’exception de la division Kléber,qui s’embarqua sur le lac Menzaleh pour Da-miette . Le général en chef voulant imposer aupeuple, avait ordonné qu’on lui fit une réceptiontriomphale. Aussi, le retour de l’armée au Caire ,le l A juin, fut marqué par des fêtes brillantes ^ef,dans une proclamation qui se ressentait du styleoriental, Bonaparte se vanta aux Egyptiens d’avoir
49