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Iil.OGK
vous glorifiez le souvenir, vous appartenez à une classe d’hommes d’é-lite qui, disséminés par le temps et l’espace , travaillent en silence à lafélicité de leurs semblables : réflexion moins faite pour flatter une va-nité que vous n’avez pas, que pour réchauffer dans vos cœurs cette viveémulation dont vous êtes pénétrés pour le bien, et vous préparer dansl’avenir ces mêmes hommages simples et vrais que vous décernez au-jourd’hui.
Cette façon d’envisager les Eloges, quand je ne l’aurais pas eue dès leprincipe, l’homme dont je vais vous entretenir me l’aurait suggérée : levénérable Huzard, le chef des vétérinaires de son temps, le premier dansun art qui embrasserait l’animalité tout entière, si l’usage et la nécessiténe l’avaient restreint aux seuls animaux domestiques. Pris toutefois dansces strictes limites, quel riche sujet de méditations ! et pour l’économiepolitique , pour l’agriculture et l’industrie ; pour la physiologie, pourla médecine, et même pour la philosophie morale , quelle inépuisablesource de renseignements et de préceptes ! Notre orgueil s’en offenseraiten vain. Les animaux subsisteraient sans l’homme ; l’homme ne sauraitsubsister sans les animaux. Yoilâpourquoi, dans l’ordre de la création,les animaux ont précédé l’homme. L’homme n’a paru qu’après eux ,parce que c’est par leur secours, parce que c’est à leurs dépens qu’ildoit vivre. Jetez en effet les yeux sur le globe , et demandez-vous ceque deviendraient toutes ces nations dont il est couvert, si tout à coupune main fatale arrachait des mains de l’homme ces esclaves qu’il s’estassujettis, ces mêmes animaux qui, de leur enveloppe extérieure aussibien que de leur propre chair, aussi bien que de leur force , de leurintelligence et de leur courage , le servent, l’habillent, le nourrissent,lui épargnent les excès de la fatigue , les sévérités de la température,les horreurs du dénûment et de la faim ; qui le protègent contre la fé-rocité de ses ennemis naturels, et qui, enfin , associés à ses fureurs , jeveux dire à ses gloires, combattent avec lui contre sa propre espèce.Représentez-vous , dis-je , l’homme dépourvu tout à coup de ces auxi-liaires : que de travaux suspendus ! que d’industries éteintes ! quelleeffrayante calamité ! L’homme ne va-t-il pas périr avec eux ? La terrene sera-t-elle pas déserte ? Que feraient de pis les déluges et le feu desvolcans ? Et jamais l’homme, ainsi réduit à lui-même , eût-il été pluscruellement averti de sa dépendance et de sa faiblesse?
Il faut donc le reconnaître : de toutes les richesses des peuples, lapossession des animaux utiles serait la principale richesse, et le plus