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Assurément ces chevaux fossiles n’étaient point venus d’Arabie . Lenord-est de l’Asie a eu des chevaux avant nous : il en a probablementpeuplé tout le nord de l’Europe ; et, si malgré cette sorte de prioriténous voulions donner au cheval un autre point de départ, nous le fe-rions naître, non dans les environs du Caucase, mais dans l’intérieurde l’Afrique . Au nombre des animaux singuliers qu’elle nourrit, l’Afri que compte en effet, dans le genre cheval, plus d’espèces que n’en peutcompter l’Asie ; et s’il était vrai que le meilleur fut toujours le premier,ce qui n’est pas, nous dirions que le cheval africain est la souche, l’ori-gine et le type de tous les autres. Né presque dans le centre de ce grandcontinent, avec toutes les belles qualités de l’arabe et du barbe, sans 'avoir un de leurs défauts, ce cheval si parfait se serait, avec le temps,répandu vers l’est en Egypte , en Syrie , dans la Mésopotamie , dans laPerse et même en Grèce , à travers la Méditerranée, comme le prouve-rait la fable de Neptune ; puis, vers l’ouest, dans toute la Barbarie, etde là en Espagne , en Sicile , en Italie et sur le littoral de la Gaule :montant ainsi du midi vers le nord, tandis que les races du nord descen-dant vers le midi, ces deux grandes races se sont enfin rencontrées,selon la conjecture de Fréret, aux deux revers de l’Apennin : se modi-fiant de part et d’autre dans ces migrations , et recevant des climats,des localités, de la nourriture et de leurs propres mélanges, tous leschangements que de semblables causes impriment toujours à la ma-tière animale.
A l’égard des races, dont il est aisé maintenant d’entrevoir les ori-gines, Huzard n’admettrait, comme je l’ai dit, qu’une race primor-diale, celle des chevaux sauvages. 11 décrit l’extérieur et les habitudesde ces animaux, par comparaison avec l’extérieur et les habitudesdes chevaux domestiques. Mais sous des climats et dans des lieux di-vers, cette race primordiale est-elle partout la même? Comprend-elle etles chevaux sauvages de la Tartarie, l’hémionus d’Homère et de Pallas,ou le dziguettai de Gmelin ; et ceux que l’on a récemment découvertssur les croupes de l’IIimalaya et que l’on prendrait pour des daims; etceux des haras de Russie et de Pologne ; ceux même de la Camargue ,et ceux que l’on voit encore dans l’intérieur de l’Afrique , et dont leMaure se nourrit quelquefois ; tous ces chevaux sauvages, avec ceuxdes pampas de l’Amérique , sont-ils tous exactement semblables ? nediffèrent-ils pas, au contraire ? Et quand elles sont bien marquées, cesdifférences n’indiquent-elles pas autant de races naturelles, distinctes,