DE J.-B. HUZAKD. XXXvij
indépendantes? Mais ces chevaux se suffisent à eux-mêmes ; ils sontinutiles à l’homme ; ils seraient même ses ennemis : c’est en les maî-trisant, c’est en les pliant à ses différents services, c’est en les engageantdans des alliances inaccoutumées, quel’homme fait contracter à leur éco-nomie des formes et des aptitudes toutes nouvelles, et qu’en les rendantainsi différents d’eux-mêmes il créeles races quel’on connaît; races toutesfactices et qui n’existeraient pas, selon Huzard, si l’homme n’eût existé.
La nature aurait donc deux grandes races, celle du Nord et celle duMidi, comme le dit Pascual; mais l’art a aussi les siennes, plus nom-breuses peut-être et plus variées ; et cet art de les multiplier pour lesapproprier à nos besoins, cet art est d’autant plus admirable qu’on yvoit une fidèle imitation de la nature, laquelle, dans ses différents ou-vrages, associe constamment deux choses qui sont en effet inséparables,la diversité et l’inégalité. Or, l’inégalité, contre laquelle tant d’espritsse révoltent, l’inégalité est, après la vie, le premier de tous les biens.Considérez la famille. Si tous les êtres qui la composent étaient parfai-tement égaux, comment subsisterait-elle? Transportez cette égalitéparfaite dans la grande famille qui est la société, vous détruisez la so-ciété. Ce sont les besoins qui rapprochent les hommes. Quels besoinsauraient l’un de l’autre deux hommes absolument égaux? Commentcelui-ci demanderait-il à celui-là un secours qu’il aurait en lui-même?En mettant l’inégalité entre les hommes, la nature a voulu les rendrenécessaires l’un à l’autre ; et c’est par cette nécessité réciproque qu’ilsapprennent à s’entre-servir et à s’aimer, L’inégalité est donc le principede la société; l’égalité en serait la négation ; tandis que la justice ouplutôt l’équité en est le ciment; l’équité, c’est-à-dire l’équilibre entreles services. Il y a plus. La nature a voulu, par l’inégalité des saisons,nous former à la prévoyance et à l’économie; et, par l’incgaiité desclimats et des terres, nous conduire aux bienfaits du commerce et 'auxprodiges d’une civilisation universelle. Cette civilisation veut que lefaible obéisse, mais elle veut que le puissant protège ; ou plutôt elle neveut qu’unir toutes les forces pour l’intérêt commun : et de mêmequ’un homme n’a de prix parmi ses semblables que par les servicesqu’il leur rend, de même aussi, parmi les animaux, une race n’a devaleur que par l’espèce et la quantité du travail qu’elle produit. Je disl’espèce et la quantité ; et c’est sur ce fond qu’à l’égard des chevaux,après les races tartare, arabe, persane , turque, barbare, viennent lesraces d’Europe , c’est-à-dire les races d’Espagne , d’Italie , de Suisse , de
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