i3o ESSAI HISTORIQUE
pour être chargés ; on les faisait ranger dans une lignecirculaire, et le soldat, garanti par ce nouveau re-tranchement, éloignait, par un feu nourri et meur-trier , les cavaliers arabes.
Pendant ce temps, la victoire sembla avoir aban-bonné la France pour suivre son favori en Egypte ;car les revers les plus grands signalèrent cette ab-sence. 11 était plus aisé d’admirer la guerre dé Bona parte que de la comprendre. Schérer, qui osa secharger dü commandement de l’armée d’Italie quandles hostilités recommencèrent, ne manquait certai-nement ni de moyens, ni d’instruction. Mais , pourcommander une grande armée dans certains pays, ilfaut, j’ose le répéter, un génie supérieur qui sachese créer une guerre à lui ; et les génies de cettetrempe sont rares dans l’immensité des siècles : ap-parent rari nantes in gurgite vasto. Ainsi, Condé,Turenne, Eugène, Marlborough, Saxe et Frédériceurent leur manière particulière de combattre, etlaissèrent la routine aux esprits médiocres.
Schérer établit sur un théâtre qui semble destinéaux mouvements, la guerre routinière de lignes et depositions. Il étala son armée en six divisons d’égalesforces, et l’étendit, avant que de combattre, depuisLegnago jusqu’à Bussolingo. Dans cet ordre, il seprésente sur plusieurs points d’attaque, sans déter-miner le véritable, et sans se ménager la moindre ré-serve pour suivre ses avantages. 11 n’obtint que desdemi-succès, parce que son armée, étendue sur uneligne de plus de douze lieues, ne put se réunir sur