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Tome premier.
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X DISCOURS

par conséquent tout se relâche, se détend, &c l’état, entraînéavec une vitesse que sa masse multiplie , descend rapidementvers fa ruine. Supposons ces deux états voisins l’un de Fautre :que le premier ait à fa tête plusieurs grands hommes de fuite ;que le second ait successivement deux, ou trois souverains foi-bles ; que le régné de ces souverains, malheureux comme celuide Charles VI., soit long comme celui d’Auguste : ce dernierétat, chancelant, avili, démembré par son voisin, n’attendraplus qu’un orage qui détermine fa chute: enfin, par une con-séquence de la supposition établie ci-dessus, dans la décadencegénérale, où le luxe & les erreurs politiques mettent toutes lesnations, celles qui parcourront le moins rapidement la ligne deleur déclinaison; celles qui s’arrêteront, ou rétrograderont leplus souvent, dans cette funeste marche, auront fur les autresl’ascendant de vigueur, que la jeunesse a sur la maturité, la ma-turité sur la vieillesse, la vieillesse sur la décrépitude pours’affoiblir à leur tour, décliner, & faire place à des états mieuxconstitués, ou parce que quelque révolution les aura régénérés ,ou parce qu’ils seront moins avancés dans leur carrière , ouparce qu’enfin , formés récemment des débris de quelqu’étatanéanti, ils auront, pour base, le courage & les vertus quifont prospérer les nouveaux empires.

Dans cette situation, quel devroit être le but de la politi-que des peuples ? Celui de se fortifier au dedans, plutôt que dechercher à s’étendre au dehors ; de se resserrer même, s’ils ontdes possessions trop étendues; & de faire, pour ainsi dire, enéchange, des conquêtes fur eux-mêmes, en portant toutes lesparties de leur administration au plus haut point de perfection ;celui d’augmenter la puissance publique , par les vertus desparticuliers; de travailler fur les loix, fur les.mœurs, fur lesopinions; celui en un mot de changer, ou de ralentir le coursfuneste qui les entraîne vers leur ruine.

S’iî est une nation fur-tout à laquelle convienne cette sagepolitique, & qui doive fe hâter defembrasser, c’est la mienne,qui heureusement affilé au milieu de l’Europe, sous la plus belletempérature, fur le fol le plus généralement fertile; entourée ,presque par-tout, de limites que la nature semble avoir posées;peut être assez puissante, pour ne rien craindre & pour ne riendésirer. C’est la mienne, parce que, si j’ose le dire, c’est elle