XII DISCOURS
vivifier & défendre, ils veulent tout embrasser, Pays-Bas, Fran-
che-Comté, Roussillon, Italie, Portugal, & tout leur échappe.
Rapprochons-nous tle nos temps. Ils ne font pas plus sages.Richelieu veut étendre le pouvoir de son maître, ou plutôt lelien.) II veut abattre les grands, & détruire ces prérogatives,qui 'en faifoient les vassaux, plutôt que les sujets des rois. Qu’ilfe fût servi, pour cela, de moyens vigoureux; qu’il eût ouver-tement attaqué, ce que les prétentions de la noblesse pou-voient apporter d’entraves à la force «Sc au bonheur de la mo-narchie; qu’il eût étendu l’autorité par l’autorité même, j’ad-mirerois, je bénirois son génie. Mais pour mieux détruire cettenoblesse, il la corrompt, il la dégrade, il lui fait quitter seschâteaux; parce qu’il sent que fa pauvreté & fa simplicité en-tretiennent fa vigueur;il l’attire à la cour,où il prévoit qu’ellefe ruinera par le luxe, & qu’elle dépendra ensuite du souve-rain, par les grâces qu’elle lèra réduite à mendier. Ce funestesystème est suivi par Louis XIV. & par ses ministres. Les mœursde la nation changent. La dégradation de la noblesse entraînel’efclavage du peuple. Le fardeau de cette noblesse soudoyée &corrompue retombe sur ce peuple gémissant, autrefois soutenupar elle. II ne reste bientôt plus, ni esprit nationnal,ni énergie,ni vertus ' r «Sc c’est là ce Richelieu , dont le mausolée décore nostemples; dont le lycée de notre éloquence répete fans cessel’éloge mensonger ; «Sc l’histoire qui devroit être l’asyle de lavérité, qui devroit prouver que les statues & les panégyriquesfont presque toujours les monumens du préjugé ou de l’adula-tion, l’histoire éternise cette injuste réputation ; elle appellesublime, la politique de cet ambitieux qui énerva sa nation ,croyant fortifier le gouvernement : comme si un bon gouver-nement, au lieu d’abaisser sa nation, «Sc de peser sur elle, nedevoit pas au contraire chercher à félever , en s’élevant dumême mouvement avec elle «Sc au dessus d’elle.
Colbert, avec du génie, s’égare fur les vrais intérêts de laFrance. II en fait un état mercantile ; il a vu la Hollande s’éle-ver du sein de ses marais, «Sc jouer un rôle en Europe. II fedit : ,, Por & le commerce lònt les mobiles de la prospérité„ publique. Je suis ministre des finances ; c’est à moi d’enrichir„ l’état. „ Aussitôt les greniers se changent en manufactures ,nos laboureurs en artisans. Une branche de l’administration fe