Band 
Tome premier.
Seite
25
JPEG-Download
 

D E T A C T I QJJ E. Part. I. if

aloi's de notre fusil une arme offensive 6c défensive , bien plus redouta-ble que le pilum des légionnaires , bien plus maniable , susceptible d’uneefpece d’art d’escrime , qui enfeigneroit à la manier avec adresse & avecvigueur. On verra par la fuite comment, avec le secours de cette armeSc de quelques autres moyens, je mettrai l’infanterie en état de soutenirle choc de la cavalerie.

J’aurois peut-être dû commencer par parler de la formation des rangsSc des files , puisque c’est par elle qu’une troupe fe range en bataille , Scque c’est d’elle que dépend la précision de tous ses mouvemens.

Les anciens donnoicnt à cette formation bien plus d’attention que nous.Chez, les Grecs chaque file, chaque soldat d’une file avoient un nomparticulier ; car leur tactique étoit, ainsi que la botanique , une sciencede nomenclature. Chez les Romains un soldat occupoit toujours la mê-me place dans sa même file , il étoit désigné par un numéro , Sc ce nu-méro étoit inscrit sur son bouclier ; les officiers de chaque centurie Síde chaque cohorte avoient à leurs casques des panaches de différentes cou-leurs. Les enseignes étoient bien autrement riches 6c remarquables quenos drapeaux ; tant de précautions étoient importantes pour des ordon-nances de profondeur qui ne pouvoient devenir capables d’action 6c dcmouvement que par l’ordre inaltérable des rangs 6c des files.

Aujourd’hui c’est un point trop négligé dans nos troupes, 6c fur le-quel je pense que nous avons de bien faux principes. Ne scroit-il pas àpropos d’avoir égard , dans la formation des rangs, non à la taille du sol-dat , mais à fa vétêrance 6c à fa bonté ? La formation par rang de taille n’a-boutit qu’à une vaine parade ; elle humilie T ancien soldat qu’elle placesouvent au second rang &c au dernier , tandis qu’elle met siir le front 6caux ailes de Tordonnance des hommes de recrue ; elle est enfin contraireà toute efpece de raison , puisque s’il y avoit un avantage réel à tirer decette formation , ce scroit en plaçant non le plus grand homme à la têtede la file, le moins grand à la queue , 6c le plus petit au centre > mais aucontraire en mettant le plus petit au premier rang, le moins grand ausecond , 6c le plus élevé au troisième , de maniéré que cette dégradationfacilitât le placement des fusils dans l’action du feu. Ce n’est pas là pour-tant la considération la plus importante ; l’essentiel est de former unetroupe de maniéré qu’elle soit dans un combat susceptible de la plus gran-de fermeté possible. Je voudrois donc que le premier 6c le troisièmerangs fussent composés des soldats les plus anciens 6c les plus lûrs , 6c quele second le fût des soldats ses plus nouveaux 6c ses plus douteux. Le mê-me principe qui me fait placer aux ailes 6c au centre du bataillon des trou-pes d’élite , exige aussi qu’aux aises des rangs de chaque compagnie soienttoujours placés les hommes les plus aguerris 6c les plus braves.

Quant aux files, il scroit expédient qu’autant que cela ne contrarie-roit pas les dispositions recommandées ci-dessus , on eût égard , dans leurformation , à- la quarmrc des épaules ; c’est-à-dire que les trois soldatsd’une même file fussent, autant qu’il scroit possible , de la même quar-

Tome I. D