Z4 ESSAI GENERAL
aura pris ? Je demande ensuite : quel est le soldat, quelque dressé qu’onle suppose à tourner ainsi la tête en marchant, qui, conduit à l’ennemi,ne sera pas ramené involontairement à regarder droit devant lui, sinonpar frayeur, au moins, par cet instinct: machinal qui porte tout hommea s’occuper du danger dont il approche ?
Cela posé, je veux que dans les écoles, comme dans le bataillon, lesoldat porte toujours la tête devant lui, ôc qu'il ne la tourne ni à droiteni à gauche, excepté dans les mouvemens de conversion. Portant ainsi latête en face, il peut néanmoins sentir de l’oeil droit ou de l’œil gau-che , suivant qu’on lui dit de s’aligner fur la droite ou fur la gau-che, les trois hommes qui font à côté de fui. II suffit même qu’il puissevoir la poitrine du second homme, celle du premier lui servant depoint intermédiaire, 6c, si je peux m’exprimer ainsi, de point de tour-noiement. Je lui donnerai pour second principe de sentir toujours égale-ment les coudes de ses deux voisins ; ce font ces deux points de contactqui doivent faire fa réglé d’alignement. Sent-il trop de résistance à l’undes coudes ? c’est qu’il se jette. Un de ces coudes lui échappe-t-il ?c’est qu’il ne marche plus droit ôc quarrément devant lui. Lui échap-pent-ils tous deux ? il faut qu’il se raccorde avec eux -, car alors il estcertainement trop en avant ou en arriéré. Mais afin que le soldat ne soitpas dans Pincertitude de sçavoir sur quel côté il doit appuyer ; toutesles fois qu’un bataillon fera en marche , le major lui commandera defe tenir à droite ou à gauche, suivant le côté vers lequel il voudra plusparticulièrement ne point gagner de terrein. Ainsi quand il comman-dera que le bataillon se tienne à gauche, c’est-à-dire que le bataillons’occupe particulièrement de ne point gagner de terrein à droite, alorsle soldat appuiera plus sensiblement du coude gauche sur le coude droitde l’homme qui est à sa gauche, ôc abandonnera presque le coude gau-che de l’homme qui est à sa droite ; ôc ainsi vice versé quand le batail-lon devra se tenir à droite. Enfin ce sont mes officiers, particulière-ment sûrs de leurs pas ôc de leur coup d’œil, qui régleront la directionde la marche ôc l’alignement de mon bataillon.
Je propose siir ces deux derniers objets une école particulière pourles officiers. Là, indépendamment de la théorie ôc de la pratique de lamarche , dans lesquelles j'aurai foin de les affermir encore plus que lessoldats, ils apprendront à élever de l’œil une perpendiculaire ; à choisirune direction parallèle à telle autre direction ; a apprécier les distances,le temps qu’il faut pour les parcourir à tel ou tel pas ; à juger la forced’une troupe présentée à différens éloignemens, dans différêns terreins ,$cdans différens ordres > à marcher eux-mêmes , soit en troupe, soit à latête d’une troupe ; à observer imperturbablement les distances d’une di-vision , les hauteurs de deux têtes de colonnes, les intervalles que cescolonnes doivent garder entr’elles, &V. Les colonels ôc les officiers su-périeurs des régimens seront à la tête de ces écoles, ils s’y instruironteux-mêmes, ils s’y formeront de plus en plus le coup d’ceil. Ce genre