68 ESSAI GENERAL
elle, k culbute , 8c c’est à recommencer sur nouveaux frais. Je de-mande à tous les anciens officiers si ce n’elt pas lit le tableau de la plupartdes attaques qu’ils ont vu faire en colonne. Qu’on lise }es détails de la ba-taille de Nerwinden dans Feuquieves, il raconte les effets de ce désordre,dont je démontre ici les causes ; mais ce désordre n’arrivera plus, sil'on veut réfléchir 8c fonder la conduite de ces sortes d'attaques fur desprincipes.
Les avantages de Tordre en colonne consistent, je le répete , non dansla pression exacte des rangs 8c des files, mais dans la succession continued’efforts que font les divisions rangées les unes derrière les autres, & sesuccédant rapidement pour se porter à un point d’attaque, dont, cou-vertes par les divisions qui les précédent, elles n’ont ni vu les obstaclesni presque esiuyé les coups.
Ils consistent en ce que la colonne ayant peu de front, on peut laporter fur les saillans fans qu’elle ait beaucoup à souffrir des faces. Com-parez la direction que fuit un bataillon forme en colonne pour venir atta-quer T angle d’un retranchement, à celle que fuivroit un bataillon mené enbataille à cette attaque : Tun chemine fur la ^apitale de cet angle, 8cn’est exposé qu’à quelques feux indirects 8c éloignes. L'autre seroit battud’une si grande quantité de feux , qu'en admettant qu'il eût assez de cou-rage pour parvenir jusqu’au pied du retranchement , il y arriveroit tropdiminué 8c trop éclairci pour faire un effort.
Ces avantages consistent ensin en ce que cet ordre donne de la con-fiance à T assaillant 8c intimide Tattaqué -, parce que les soldats ne raison-nent pas, parce qu’ils ne voient que par les yeux de la machine , 8c qued’apres cet organe illusoire ils attribuent gain de cause à la troupe qui leurparoît être la plus épaisse fie rassembler le plus d’hommes fur un mê-me point.
Cela posé , la bonne proportion d’une colonne d’attaque doit êtreau plus d’une division de front, 8c de deux bataillons de profondeur. Unfront plus grand seroit inutile j puisqu’il n’ajouteroit pas a Teffort, puis-qu’on n’a pas besoin de feu dans une attaque de vive force , puisqu’il s’a-git de cheminer le plus à couvert possible fur le prolongement de la capi-tale du saillant, 8c que «'étendre davantage ce seroit offrir mal-a-proposune plus grande prise aux feux des flancs voisins. Une plus grande pro-fondeur ne seroit de-même que préjudiciable , puisque ce seroit accumu-ler inutilement des troupes les unes derriere les autres, 8c que si les ef-forts successifs des deux bataillons ne réussissent pas, dix bataillons deplus à leur appui ne seront pas plus heureux , 8c ne feront que «'exposerfans sujet aux feux des flancs, qui ne battant qu’imparfaitement T espacetrès-racourci du prolongement qu’occuperoient les deux bataillons, croi-feroient avec facilité sor les points plus arriérés où seroit alongée une co-lonne plus profonde.
A u lieu donc de former, ainsi que je l’ai vu faire, des colonnes d’atta-que de plus dé deux bataillons, je préférerois de les multiplier, d’en art a-