7 o ESSAI GENERAL
qu’il faut faire de l’infantcrie dans les sieges 8c dans les affaires de poste (a ),
parce que personne n’en a pas plus vu, 8c avec plus de sang froid 8c de
réflexion.
Tous m’ont paru essentiels à mettre fous les yeux de mes Lecteurs pour éta-blir une théorie fur la maniéré d’employerles colonnes aux attaques. Cettethéorie est plus nécessaire aux François qu’à aucune autre nation. Ils excel-lent, par leur impétuosité, dans les attaques de vive force, mais trop sou-vent leur indiscipline 8c leur ignorance ont laissé arracher la victoire à leurvaleur.
§. III.
Colonne formée pour manœuvrer à portée de /’ ennemi.
J l est avantageux dans plusieurs cas, de se former en colonne pourexécuter un mouvement avec plus de commodité, de rapidité ou de sûreté.
i°. Si l’on est obligé de se retirer devant un corps de cavalerie ;alors la colonne se met en marche au pas doublé , laissant trois pas d’in-tervalle entre chacune de ses divisions, ayant des tirailleurs derrière elleSc fur ses flancs, pour écarter les harceleurs Sc protéger fa marche.Si la cavalerie ennemie s’approçhe pour charger la colonne, celle-cis’arrête , ferre ses divisions, fait front fur les quatre faces, rappelle sestirailleurs qui viennent rejoindre fa tête ou fa queue, tend ses cordes,Sc quand elle a repoussé la charge, se remet en marche dans Tordrequ’elle avoit auparavant. Dans ce cas encore je ne donnerai qu’unc di-vision de front à ma colonne, parce que mon objet doit être de lafaire marcher rapidement Sc par toutes sortes de pays, fans changerd'ordre. Si j'ai plus de quatre bataillons, j’en formerai plusieurs co-lonnes que je ferai toujours marcher en forme de tuyaux d'orgues,ç’est-à-dire, la tête de chaque colonne étant â hauteur de la queue deía colonne voisine soit par la droite , soit par la gauche. Au cas queje sois menacé d’être chargé par de la cavalerie, je les placerai obli-quement par un demi-quart de conversion de la masse entiere, 8c j’endisposerai les têtes de maniéré que chacune d’elles soit flanquée, tanten avant qu’cn arriéré , par la face de la colonne voisine. Les cordesque j’ai proposées feront tendues autour de ces colonnes, supposées auplus de quatre bataillons chacune, 8c le canon placé aux angles tireratantôt à boulet, tantôt à cartouche, suivant la disposition d’attaque que<fera T ennemi. Voyez celle de cette défense dans la Planche VI. L’en-nemi étant repoufle, je remettrai mes colonnes en marche dans le mê-me ordre qu’elles étoient, 8c, si le pays devient de nature à ne pas mepermettre de marcher fur plusieurs colonnes, alors celle qui ne trouvera pasde débouchés, sc joindra 8c s’aboutera à la colonne qui en aura devant
( a ) M. le Comte de Vaux- Deux traits de fa carrière militaire suffiroient pour l'éloge d’un hommede guerre, & ils ne font qu’ébaucher le sien. II commandait dans Gottmgen pendant l’hyver de 1760à 1761 & il vient de soumettre la Corse.