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Tome premier.
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io8 ESSAI GENERAL

Autre raison plus puissante encore ; c’est que, lorsque deux esca-drons se choquent, si toutefois ils en viennent jamais à ce prétenducoup de poitrail (b), ce n’est jamais, sur-tout s’ils font étendus , parle front entier de l’escadron vainqueur, que l’escadron vaincu est ren-versé ; il est ordinairement emporté par le centre ou par une aile ;donc une partie du front qui a été à la charge, n’a pas agi 8c n’estpeut-être pas même arrivée fur lui ; donc cette partie, formant, jesuppose, un autre escadron, auroit manœuvré sur le flanc avec succès jdonc enfin les petits escadrons font plus propres à aborder i’ennemi,& à faire contact de tout leur front.

Comme, en proposant de réduire le front d’un bataillon à centcinquante files au plus, j'ai regardé comme indispensable d’entfetenirtoujours le bataillon fur un pied complet 6c composé de soldats dres-sés, je pense qu’il faut, à plus forte raison, que l’escadron réduit àcent cavaliers, sc maintifenne toujours complet 8c ne soit formé qued’hommes 8c de chevaux parfaitement instruits. S’il est essentiel dene pas incorporer, dans un bataillon, des soldats gauches 8c fans ex-périence, il l’cst bien davantage de ne pas placer dans un escadrondes cavaliers ou des chevaux neufs, un seul mouvement à contre-temps suffisant pour désunir 8c pour désaccorder l’escadron. Le rem-placement des pertes 8c des accidens de l’escadron, assuré en tempsde guerre 8c au milieu de la campagne, comme en temps de paix,par le moyen des compagnies de garnison, 8c des dépôts places in-termédiaircment entre ces compagnies 8c l’armée , doit conséquem-ment entrer dans le plan de constitution de la cavalerie.

Ceci me ramene à dire un mot de la formation intérieure de l’esca-dron, 8c du rassemblement des escadrons en régiment. Je voudrois quele nombre impair fût la base de cette formation, comme pour l’infante-rie. Je voudrois que chaque escadron fût formé d’une feule compagnie,8c cette compagnie de trois divisions , commandées chacune par un offi-cier, non compris la division d’élite que j’appellerois carabiniers dans lacavalerie, 8c grenadiers dans les dragons, 8c que je mettrois aux ordresd’officiers choisis. Chaque régiment scroit de neuf escadrons, subdivisés

{b) C’est une grande chimere que ce coup de poitrail, dans lequel on veut faire con-sister la force de choc, i°. La constitution des chevaux rend physiquement impossiblequ’ils fe heurtent ainsi. 2. Gela fût-il possible, le moral des cavaliers & l’instinct deschevaux meuroient bon ordre à ce que cela ne fût pas. Communément un des deuxescadrons allant à la charge, ou n’arrive pas fur l’ennemi, ou ne l’attend pas. Celuidans lequel fe trouve la moindre quantité de vitesse & d’ordre ,& sifr-tout la moindrequantité de courage , flotte, fe dérange, tourbillonne par les ailes, fuit, ou ne rendplus qu’un combat très-court Sc fans vigueur. Mais lorsque les deux escadrons ne fontcomposés que d’hommes & de chevaux aguerris & exercés au même point, voicicomment fe passe leur charge: les rangs s’enchassent mutuellement, les chevaux cher-chant d’eux-mêmes les intervalles; les cavaliers fe joignent corps à corps, tout fe mêleau point que les escadrons passent les uns derrière les autres, & dans cette mêlée cefont alors les chevaux les plus agiles ôt les hommes les plus adroits qui décident le

combat.