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Tome premier.
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126 ESSAI GENERAL

le plus près possible de l’ennemi. En étoient-ils éloignés ? Commeleurs camps étoient des citadelles , ils avoient moins besoin de postesextérieurs ; dans ces camps étoient à la fois leurs arsenaux, leurs ma-gasins , leurs atteliers de toute espece ; ils avoicnt soin de les asseoir àla portée de la mer, d’une rivière , d’une ville , ou d’un grand en-trepôt fortifié. Voyons, pour nous donner une idée de leur conduite àcet égard , la belle campagne de César en Afrique : il n’avoit que deslégions, ôc il faisoit la guerre contre une multitude d'Africains, bienautrement habiles que nos troupes légeres , à harceler , à inquiéter, àcouper des subsistances. Les anciens se mettoient-ils en marche ? ils dé-tachoient à leur avant-garde, c’est-à-dire, à un quart de lieue ordi-nairement ou à quelques stades tout au plus dans les pays ouverts, cequ’ils appelloient des coureurs ; c’étoient des armés à la légere, tirésdes légions, & propres à ce service. Cela suffisoit, parce que leurs ar-mées peu nombreuses, ôc rangées fur une ordonnance à lignes redou-blées , passoient promptement de l’ordre de marche à celui de combat.Etoient-ils dans le cas de faire un détachement ? Ce détachement étoitcomposé ou de gens tirés des légions, ou même d’une* ou plusieurs lé-gions. Je parle de la milice de Rome dans ses beaux jours ; car ensuiteelle dégénéra ; elle eut des équipages immenses, une grande quantitéde machines de guerre , elle quitta ses armures défensives, ne se re-trancha plus , se mêla avec des milices de toutes les provinces de T Em-pire } ôc alors il lui fallut de l’infanterie barbare , ôc de la cavalerie lé-gere , pour faire la guerre en avant d’elle , pour garder ses camps :Ton fait ce qu’il en résulta, la honte des aigles Romaines, ôc la minede l’Empire.

Quand Gustave ôc Nassau rétablirent l’art militaire en Europe , il neleur vint pas dans l’idée de créer une espece de troupes particulières , pourfaire la guerre en avant d’eux , ôc pour veiller à la sûreté de leursarmées, lis se conduisirent comme les anciens , ils n’eurent point d’ar-mées nombreuses, ils eurent peu d’attirails de guerre ôc d'équipages ,par conséquent moins de magasins, moins de convois , des communi-cations moins longues ôc moins difficiles. Ces principes subsistoient àbeaucoup d’égavds du temps de Turenne. Ce grand homme préféroitde commander de petites aimées, il avoir l’excellente maxime de se te-nir le plus qu’il pouvòit à la portée ôc à la vue de l’ennemi $ il faisoitpeu de détachemens ; il ne morceloit point son armée ; il la faisoit re-muer en entier ; aussi ne voit-on pas qu’il ait imaginé de créer des trou-pes légeres. On ne commença à en voir qu’après lui. Alors les armées. -devinrent prodigieusement plus nombreuses ôc plus chargées d’cmbarras ;la maniéré de faire la guerre changea ; on chercha, soit pour profiterde cette immensité de troupes, soit pour trouver plus de facilité à lanourrir , à embrasser , par les opérations militaires , une plus grandeétendue de pays. On fit beaucoup de détachemens , on eut dé grossesréserves, des corps particuliers. Delà , longues ôc difficiles communica-