ESSAI GENERAL
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CHAPITRE III.
Inconvêniens d'une Artillerie trop nombreuse.
Q n’est pas moi qui ai parlé jusqu’ici. Je n’ai fait qu’exposer les opi-nions établies. Oscrai-je maintenant m’élever contre un abus épidémiquevenu du nord de l’Europe, 6c adopté dans le nouveau système, fansdoute parce qu’on a cru ne pouvoir se dispenser d’imiter trois grandesouissances qui nous ont donne l’exemple fur ce point? Je veux parler de'immense quantité d’artillerie : abus que nous tenons de la Ruíîie, dea Prusse 6c de l’Autriche.
Combien l’histoire de tous les siécles se ressemble ! 6c qu’il est éton-nant que cette similitude d’événemens n’instruise pas les hommes ! Dansla haute antiquité on n'eut d’abord que quelques chariots armés en guerre,pour garnir les ailes 6c pour entamer le combat. L’uíàge de ces chariotss’accrut peu-à-peu prodigieusement. Cyrus en trouva jusqu’à vingt-milledans l’armée d’Astyage, son beau-pere. Cette armée etoit en même-temps fans discipline 6c sans courage. II prit le parti de réduire à cinqcens cette quantité de chariots armés, exerça les troupes, les aguerrit,mit la science à la place de l'embarras , 6c battit l’armée ennemie qui ,traînant à sa suite un nombre immense d’attirails de guerre, n’avoit quede l’embavras fans science. II en fut de-même pour les machines de jetqui succéderont à l’usage des chariots armés. Les Romains aguerris 6cdisciplinés, pour tout dire en un mot, les Romains de la républiquen’en avoient point à la fuite de leurs légions. Peu-à-peu on en eut quel-ques-unes pour battre les retranchemens, pour occuper les points prin-cipaux dans les ordres de bataille. Cette petite quantité relative 6c suffi-sante à l’objet proposé, pouvoit être regardée comme un progrès del’artmilitaire. Òn en accrut successivement le nombre : la tactique déchut :les courages dégénérèrent ; alors l’infanterie ne pût plus résister à la ca-valerie. 11 fallut de grosses machines de jet pour l’appuyer : on en traînajusqu’à 30 par légion ; on en couvrit le front des armées ; les combatsRengagement par-là ; souvent ils finissoient fans qu’on en fût venu auxmains. Ces temps furent ceux de la honte 6c de la ruine de l’empire.
Suivons l’histoire de nos siécles : nous y verrons pareillement les na-tions placer leur confiance dans la quantité de leur artillerie, en raison de
bien intéreffante & bien instructive que celle de ce siégé publiée par lui-même. On Yreconnoîtroit toute l’opiniâtreté & toute l’habileté que fit paroître autrefois Mr. deChamilly à Grave; & bien plus de génie encore dans les moyens de défense, outrecette différence sensible que Mr. de Chamilly commandoit à sa nation , au lieu queMr. de Gribeauval étoit au milieu d’une nation étrangère, qu’il ne commandoit pasdans la place, & qu’il dut s’y acquérir peu-à-peu l’autorité & la prépondérance parfa conduite &. ses lumières.