i 44 ESSAI GENERAL
reprochoit particulièrement à nos pieces de campagne d’être trop pesan-tes, trop difficiles à manœuvrer. J’ai rendu compte des mesures qu’ona prises pour les alléger ; mais cet objet rempli , pourquoi vouloirmener à la guerre un plus grand nombre de bouches à feu ? Ne íèra-ce pas perdre l’avantage qu’on a voulu acquérir, & chanter les em-barras de l’espece de Partillerie contre ceux de la quantité ?
Je ne vois pas, fans frémir, les dispositions de notre nouveau syílêmed’artillerie relativement à la formation de l’équipage de campagne d'unearmée. II est réglé que chaque bataillon aura à sa suite deux piecesde canon de 4, òc qu’indépendamment de cela , le parc de l’artille-rie sera composé sur le pied de deux pieces de canon par bataillon ;donc une armée de 100 bataillons traînera à fa fuite 400 pieces de ca-non. Ces 400 pieces de canon exigeront zooo voitures pour le transportdes munitions, outils, effets de rechange, pontons, ôc autres attirailsnécessiires. Voilà 2,400 attelages faisant au moins 9600 chevaux : voilàzooo ôc tant de charretiers conducteurs, gardes d’arrillerie, capitainesde charrois, &c. Notez que, vû le mauvais état de nos haras , ces che-vaux s’achetent presque tous en Suisse, ou en Allemagne ; que ces char-retiers font tous des paysans robustes, vigoureux, enlevés à l’agrieul-ture 6c à la population. 11 faudra pour le service de ces 400 pieces, àraison de iz canonniers ou servans l’un portant l’autre, par piece , environ4000 soldats, non compris les officiers. Que le roi ait plusieurs arméesfur pied, comme les circonstances ne peuvent que trop souvent l'exiger;qu’il saille attacher de l’artillerie à ces armées dans la même proportion ;qu’il en faille garnir les places menacées, les côtes, les ports, les vais-seaux, voyez l'énorme quantité de canons, de charrois , d'embarras;voyez le ruineux entretien de tant d’attirails. Car si l'artillerie s’au-gmente si prodigieusement dans les armées, elle s’accroîtra de-mêmepar-tout ; par-tout on mettra en elle fa confiance unique ; on n’atta-quera plus, on ne défendra plus les places que par le canon ; on necroira plus ses côtes en sûreté, que quand elles seront couvertes de bat-teries. II en fera fur mer comme fur terre ; les vaisseaux ne se joindrontplus, ils ne se battront que parleur artillerie. Que seront pour remplirtant d’objets, 8000 hommes d’attillerie que le roi entretient aujour-d’hui ? II faudra ou en doubler le nombre, ou, ce que l'on se proposedans le nouveau système , y suppléer par des bataillons de milice qu’onattachera à ce lervice. Peut-on se flatter alors que dans un corps aulîìnombreux il y ait la même instruction & les mêmes lumières ? Peut-onespérer que la plus grande partie, de ces bouches à feu ne fera pas ma-nœuvrée par des agens incxpeits & mal-adteits ? Peut-on voir fans gé-mir fur l’emploi mal-entendu des hommes, la même quantité de soldats,qui du temps des Turcnne 6c des Gustave composoit une armée, neservir aujourd’hui qu'à la manœuvre des machines de guerre d’une denos armées. .
Quel fruit retirera-t-on de. cette énorme quantité d’artillerie ? Sil’en-
nemi