8 ESSAI GENERAL
sertion est bien hardie , mais elle ne fera pas dénuée de preuves ; jedemande qu’avant de la juger, on prenne la peine de lire mon ouvragejufqu’au bout.
II faut d’abord distinguer les différentes efpeces de marches qu’unearmée est dans le cas d’exécuter. *
Ce peuvent être des marches simples &* faites hors de la portée del’ennemi, avec l’objet de se porter commodément vers un point. Danscette espece de marches, qu’on peut appeller marches de route , Sc queles armées font quelquefois dans le cas de faire , soit au commencementdes campagnes , en fe rapprochant de l’ennemi ; soit à la fin des campa-gnes , en se séparant mutuellement > soit dans ces momens où les opéra-tions ont éloigné les armées les unes des autres, Sc les ont mises respe-ctivement hors de mesure , il n’entre que des combinaisons simples, Síqui doivent être uniquement relatives a la moindre fatigue Le a la plusgrande commodité des troupes.
Ce peuvent être des marches hors de la portée de l’ennemi , maisdont le but soit de le prévenir fur un point, ou de s’emparer rapide-ment d’un polie , ou de porter du secours à un objet menacé, ou dechanger, fans qu’il s’y attende, le théâtre de la guerre ; dans ce cas,il faut que les marches soient combinées de maniéré à se procurer toutela célérité possible , à faire forcer de journées, s’il est nécessaire , à la to-talité de l’armée , ou du moins à un corps de troupes, à l’appui duquelon puisse arriver à temps avec le reste de ses forces. II faut savoir s’ccar-ter des principes ordinaires , Sc, pour cet effet, si cela peut rendre la mar-che plus rapide Sc plus commode , séparer l'armée en plusieurs corps quife réunissent fur le point, ou à portée du point médité ; il faut enfincalculer qu’étant hors de la portée de l’ennemi, Sc ayant pour objetd’arriver, il faut gagner en vîtesie ce dont on íe relâche en méthode,faire de la célérité, l’objet principal ÔC unique de ses combinaisons.Ce peuvent être des marches-manœuvres , c’est-à-dire des marches fai-tes à portée de l’ennemi, Sc par conséquent, daits l’objet de prendre ,s’il est besoin , un ordre de bataille. Cette derniere espece de marches,fur laquelle je vais entrer dans des détails étendus, est la plus importante,Sc celle qui exige le plus de combinaisons ; puiíqu’il s’agit à la fois d’ycalculer la nature du pays qu’on traverse, celle du pays où l’on doitaboutir ; l’espece d’arme dans laquelle on est supérieur -, la qualité destroupes de l’armée > la disposition qu’on veut prendre , soit qu’on doiveattaquer, soit qu’on doive se défendre ; le plus ou le moins d’habiletede l’ennemi ; fa position ; ses vues ; la distance à laquelle il est ; la dex-térité , plus ou moins grande , de ses troupes a prendre un ordre de ba-taille. Cette cípcce de marches, en un mot ., est la préparation a la plusgrande opération militaire qu’il y ait, à la formation des ordres de ba-taille , aux batailles qui en sont la fuite -, car les mouvemens, par lesquelsl’armée passe de Tordre de marche à l’ordre de bataille, sont tellement liésaux combinaisons de Tordre de marche , qu’on doit les regarder comme
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