16 E S S A I G E N E R A L
officiers généraux n’avoient point d’usage de manier les troupes. Decette ignorance & de cette mal-adresse générale , tant de la part desagens que des conducteurs , il résultoit qu’il falloit plusieurs heures pourmettre une armée c-n bataille j qu’une fois cette armée en bataille onn’oíoit, de peur de tout confondre, de tout perdre , faire le moindrechangement dans la disposition. II résultoit qu’il falloit toujours com-biner Tordre de marche fur la disposition qu’on vouloir prendre -, ainsi ,par exemple , on se mettoit en marche avec Tobjet d’attaquer T ennemisur tel ou tel point, on renforçoit en conséquence telles ou telles co-lonnes. Arrivoit-on en présence de T ennemi , Tordre de bataille étoitdicté par Tordre de marche , & fe prenoit en conséquence. Qu’arri-voit-il cependant ? C’est que souvent cet ordre de bataille fe trouvoitvicieux , ou parce qu’on avoit eu de fausses connoissances du terrein & dela position de l’ennemi , ou parce que T ennemi avoir fait des chan-gemens dans fa disposition ; comment y remédier ? Le moyen de chan-ger fa disposition primitive dans des armées sons tactique ? truand le gé-néral fe íeroit senti le génie de T entreprendre, comment oser le tenteravec des troupes Sc des officiers généraux incapables d’aucune grandemanoeuvre ? C’étoit une si difficile , une si lente opération alors quecelle de mettre une armée en bataille ! Qu’arrivoit-il encore ? c’eít queT armée employant un temps infini à passer de Tordre de marche à Tor-dre de bataille, Tennemi pouvoit à loisir juger la force des colonnes,le point vers lequel elles fe dirigeoient, Tobjet qu’on avoit en vue , Scfaire ses dispositions en conséquence. S’il falloit des exemples pour ap-puyer ce que j'avance , j’en pourrois citer en foule , Sc la derniereguerre m’en fourniroit plusieurs.
Dans la tactique que j'expose , on arrive d’une maniéré toute diffé-rente à la formation des ordres de bataille. Veut-on , par exemple ,aller attaquer Tennemi ? Comme on peut ne pas connoître précisémentla position qu’il occupe , comme quand même on la connoîtroit, on nepeut pas ctre sûr qu’instmit du mouvement qu’on fait fur lui, il nefera pas quelques changemens dans cette position ou dans la disposi-tion par laquelle il compte la défendre , on met T armée en mar-che dans Tordre habituel, les colonnes étant toutes égales & forméeschacune d’une division ; ainsi disposée , Tannée s’avance , le généralétant en avant d’elle à la tête de l’avant-garde. On arrive à portéede Tennemi , Lc alors le général détermine son ordre de bataille con-séquemment à la nature du terrein, à la position qu’occupe Tenne-mi , Sc à la disposition qu’il a prise. II renforce ou affoiblit à cet ef-fet telles ou telles colonnes qu’il juge à propos , fait avancer Tune ,laisse T autre en arriéré , dirige celle-là vers un point, celle-ci vers unautre , donne le signal pour que Tordre de bataille fe prenne. A l’in-ftant toutes ses troupes qui font accoutumées à Texécution des grandesmanœuvres, qui ont des méthodes rapides de déploiemens, se mettenten bataille, & Tattaque commence avant que Tennemi ait eu le temps