48 ESSAI GENERAL
quelque nom qu’on lui donne , formées au commencement de la cam-pagne , composeront , lorfqu’on le jugera à propos, un bataillon quimarchera , combattra 6c campera séparément.
Je propose une compagnie de chasseurs ou une seconde de grenadiers,parce qu’il faut que ces bataillons- aient la force 6c la consistance néces-saires. O'ailleurs , c’est un vice de notre constitution, qu'este n’existepas en tout temps, 8c qu’une des ailes du bataillon soit renforcée 6c ap-puyée d’une troupe d’élite , tandis qu’il n’y en a pas à l'autre.
Je propose de rassembler Lc d’employer, quand on le jugera à pro-pos , ces grenadiers en bataillon , parce que dans une infinité d’occaíionsil est avantageux d’avoir des corps fur lesquels on puisse compter ; parceque telle attaque manquée peut entraîner des fuites funestes ; parce quetelle course , telle expédition de longue haleine que je ferai avec desbataillons de grenadiers, je la manquerai avec des régimens de ligne. Jele propose,parce qu’il ne faut jamais avoir le dessous dans les actions dedétail, & que c’est des petits succès journaliers que dépend l’esprit d'invin-cibilité ou de découragement, qui s’établit dans une armée ; je le pro-pose enfin, parce qu’il o’en peut résulter aucun inconvénient, 6c que jecrois que le grand art d’un général est d’employer ses troupes d’élite, 6cde réemployer, s’il fe peut, qu’elles.
II y a une occasion où on sentira, par exemple, combien la ressourcede ces bataillons de grenadiers est utile. Je veux attaquer l’ennemi avecma droite 6c le contenir avec ma gauche. Les régimens de ma droite con-serveront à leurs drapeaux 6c dans Tordre ordinaire,leurs grenadiers , maisje renforcerai cette aile d’une partie des bataillons de grenadiers de magauche. L’ennemi sera,aumoyende cela, attaqué par des forces supérieu-res , 6c il n’appercevra point les parties affoiblies de ma disposition. Carà ma gauche paroîtra toujours le même nombre de bataillons, 6c qui-conque a fait la guerre, fait que les drapeaux fe comptent 6c que lesillusions qu’on fait fur le nombre des troupes, quoique ce soit un moyenbien usé , remplissent toujours leur effet.
II me reste à parler du choix des emplacemens 8c de la dépense descamps d’instruction. Les premiers peuvent fe trouver facilement. Il n’ya point de province du royaume qui n’en offre. II y en a peu , où il n’yait de grands terreins incultes ; mais il faudroit de préférence choisir lesprovinces de T intérieur, les provinces qui, regorgeant de denrées, man-
3 uent de vivification 6c d’argent. II faudroit iur-tout éloigner ces campse la cour 6c de la capitale. Quant à la dépense, elle ne sera pas considé-rable, elle ne le fera guere plus que celle des camps inutilement rassem-blés à Compiegne ; elle le íeroit même bien moins, si Ton vouloir répri-mer le luxe des tables 6c l’enorme profusion des grâces pécuniaires ; sil’on vouloir ramener le militaire à T esprit dc désintéressement, à T austé-rité de mœurs, qui devroit faire la base de fa constitution. Enfin enattendant que cette révolution s’opere, de pareils camps coûtassent-ilsdeux millions chaque année, à quel avantageux intérêt ce capital ne
seroit-