DE T A C T I Q^U E. Partie II. 87
quel point cette influence dcvroit exister, & nous trouverons qu'fl s’enfaut que ce point soit celui où elle existe.
L’csprit d’imitation 6c de manie , qui fait aujourd’hui si prodigieuse-ment augmenter l’artillerie & les troupes légeres , fembloit íur la fin dudernier siecle vouloir convertir toutes les villes en place de guerre. Vau-ban 6c Cohorn donnoient une si grande célébrité à leur art, ôc presquetoute l’Europe militaire étoit si ignorante alors, qu’il n’est pas étonnantque ces deux hommes, avec du génie 6c des principes, aient entraînétoutes les opinions. Cohom fortifia la Hollande ; Vauban fortifia la Flan-dre, le Rhin 6c une partie des frontières du royaume. II bâtit ou réparaprès de cent forteresses. On vit en Flandre fur-tout s’élever des chaî-nes de places fur deux ou trois lignes ; on vit en même temps, car leserreurs partant du même principe sont ordinairement contemporaines, desprovinces cnticres couvertes par des lignes ; ces lignes étoient, à le bienprendre, des poligones multipliés 6c ajoutés l’un à l’autre fur un développe-ment immenle. Tel est enfin le reste du préjugé répandu alors, que laplupart des calculateurs politiques, en pesant les forces de la France aveccelles des états voisins, font encore entrer aujourd’hui pour beaucoup tropdans la balance , cette quantité de places.dont quelques-unes de ses fron-tières sont garnies , comme si des bastions pouvoient défendre à eux seulsles villes qu’ils enveloppent ; comme si la destinée de ces villes, quelquebien fortifiées qu’elles soient, ne dépendoit pas de la bonté ÔC de la vi-gueur des troupes qui les défendent 6c les soutiennent, comme si enfindes places mal défendues ne tournoient pas à Pépuisement, à la honte6c à l’efclavage certain des peuples vaincus qui en ont été les constru-cteurs 6c les maîtres.
Qu’est-il cependant résulté de cette multiplication énorme de forte-resses ? Tes guerres en sont devenues plus ruineuses 6c moins savantes :plus ruineuses du côté de l’argent 6c des hommes, parce qu’elles enont consommé alors une bien plus grande quantité. II a fallu construireces places , il faut les entretenir ; mais ce ne seroit encore rien quecette mise de dépenses primitives 6c annuelles. Ces places construites,il faut les approvisionner, il faut les garder même en temps de paix ,il faut en temps de guerre les couvrir , les défendre , attaquer cellesde l’ennemi ; d’où il a fallu augmenter de part 6c d’autre le nombredes troupes ôc de tous les attirails relatifs , entretenir ces troupes 6c cesattirails en temps de paix , par conséquent être perpétuellement dansun état de gucnc qui ne laisse jamais respirer les peuples.
Voyons avec un peu plus de détail comment notre système de pla-ces a nécessairement augmenté les armées. JLes places des anciens étoientsimplement environnées d’un mur avec un fosse , 6c d’un mur dont lestours ou les autres ouvrages à flanc étoient peu faillans. Elles n’avoientpoint de pièces de fortification extérieure , par conséquent elles exi-geoient des garnisons moins nombreuses , il falloit des armées moinsconsidérables pour. les investir 6c les assiéger. Les places modernes oc—