DE T A C T I Q.U E. Partie IL Sp
A voir cela sous le point de vue de la philosophie & de l’hutnanité,il peut être heureux que , soit l’effet des places , soit celui de la rou-tine établie , les guerres se passent ainsi en petites opérations, en alter-natives de places prises Lc reprises, au lieu de conquérir Sc de ravagercomme elles faisoient autrefois. Mais à envisager l’objet militaire, l’artde la guerre y a sans doute perdu, puisque ses effets font moins grands jpuisqu’enfin ils ne remplissent pas le premier Sc le malheureux but qu’ilsdoivent avoir, celui de foire le plus de mal possible à l’ennemi, 6c dedécider promptement les querelles des nations.
II ne s’ensuit pas de-là que l’art de construire de bonnes places, deles attaquer , de les défendre, porté au point où il Test fur quelquesparties , Sc perfectionné comme il pourroit l’être fur beaucoup d’au-tres, ne lasse honneur à l’esprit humain, Sc ne soit une branche inté-ressante de la vaste science de la guerre ; mais on lui a fait jouer untrop grand rôle, on a oublié qu'il n’étoit qu’un accessoire , &C que lagrande tactique, la tactique des mouvemens, celle qui fait- gagner lescombats, étoit le principal -, on a trop compté fur les places de guerre,on les a trop multipliées ; on s’est livré aveuglément à une infinité d’er-reurs Sc de préjugés que les ingénieurs , malheureusement peu in-struits , tandis que le reste du militaire ne í’étoit point, mais malheu-reusement circonscrits dans la fphere de leur art seulement, Sc par con-séquent enthousiastes, exclusifs, Sc portant rarement leurs vues au-delàde leurs fortifications, n’ont pas manqué d’accréditer Sc d’étendre.
Avant que d’oser substituer mon opinion à ces erreurs, je vais pré-venir deux objections qui m’ayant déja été faites dans la conversation
f iar quelques personnes, pourroient se présenter à mes lecteurs. Voicia premiere. ,, Supposé que la multiplicité des places de guerre ait con-,, tribué à faire révolution dans le système militaire de l’Europe , Sc à„ faire augmenter les armées, ce changement a-t-il produit un mal po-„ litique pour les états ? Les guerres devenues plus ruineuses en íont„ devenues plus courtes , ainsi la balance de consommation d’hommes„ Sc d'argent doit être la même ? " Voici ma réponse.
,, Supposons quelles peuples intéressés dans la fameuse guerre des,, trente ans, aient versé autant de sang, dépensé autant de millions,„ mis autant d’hommes fur les armes , que les nations qui ont com-,, battu la guerre derniere pendant sept ans en Allemagne. Cette con-„ sommation , égale en apparence , aura cependant des effets bien plus
„ onéreux ôc bien plus destructifs pour ces dernieres, en ce qu’elle se
„ sera foite en moins d’années, en ce qu’il est bien différent de dépen-,, fer pendant trente ans de fuite une somme proportionnée ou même„ un peu disproportionnée à ses capitaux , ou de dépenser la totalité de„ cette même somme en un petit nombre d’années, Lc par conséquent,, d’être obligé d'engager les capitaux , d’augmenter les impôts, ôc de), recourir à des emprunts usuraires. Ce que je dis ici pour les finan-
ìì ces , peut s’appliquer à la population , elle souffrira bien moins d une
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