5>o ESSAI GENERAL
,, consommation quelconque d’hommes , qui fera faite en dix ans, que„ d’une consommation égale qui fera faite en deux j elle supportera bien,, plus facilement lc fardeau d’un million d’hommes employés à la guerre,„ & conséquemment enlevés pendant ce temps-la au mariage , à l’agri-5 , culture , à tous les arts utiles, que celui du même nombre d’hom-„ mes voués à la profession des armes dans l’efpace d’un petit nombre„ d'années. En un mot, les guerres longues, Lc faites à petits frais d’hom-,, mes Lc d’argent , étoient des maux légers qui pouvoient ne pas al-„ térer la constitution d’un état robuste, tandis que les guerres courtes„ & faites à frais immenses , c’est-à-dire , nos guerres actuelles, font des„ maladies de crise, qui jettent dans la langueur l’ctat le plus sain Lc le„ mieux constitué.
Jc passe à la seconde objection , elle est le grand argument des in-génieurs en faveur des places dc guerre. „ Les places de guerre , discnt-,, ils , sont la force d’un état, elles font fa ressource dans les guerres„ malheureuses. Sans les places , on íeroit encore des guerres d’incursion„ Lc de dévastation , comme elles fc font en Pologne , comme les font„ lesTartares. Sans les places , ajoutent-ils, la r rance eût-elle été envahie,, dans la guerre de 1700. Les batailles de Ramillies Lc de Malplaquet,, fe fussent données derrière la Somme. ”11 y a dans ce raisonnement quel-que vérité mêlée à des erreurs spécieuses. C’est un motif pour le discu-ter Lc Papprofondir. Reprenons d’abord fa derniere partie.
II est très-vrai que l’enchaînement de malheurs Lc de fautes qu’é-prouva la France dans la guerre de succession, eut porté les alliés enPicardie Lc peut-être plus loin , fans toutes les places de Flandre quiles arrêtèrent pas à pas. Mais qu’est-ce que cela prouve en faveur dusystème de la multiplicité des places ? Elles ont été utiles , elles ontrendu les progrès des alliés plus lents Lc moins décisifs ; mais il falloitavoir une tactique Lc de bonnes troupes ; il falloit ne pas laisser tom-ber la discipline établie par Louvois ; il falloit s’être attaché à formerdes officiers Lc des généraux ; il falloit ne pas faire un Chamillard mi-nistre , Lc les courtisans de madame de Maintenon généraux ; on eûttenu l a campagne avec avantage , 011 eût eu en Flandre l’ascendantqu’une armée nationale & voisine de son pays, auroit dû naturellementavoir fur une armée de confédérés , dont quelques-uns ctoient très-éloi-gnés de leur pays ; on eût gagné les batailles au lieu de les perdre,conséquemment on n’auroit pas eu besoin du secours désastreux desplaces. Dc ce qu’un enchaînement inoui de fautes Lc de mal-adresse ,de ce que les vices dc notre constitution militaire ont rendu quelquesplaces utiles , n’en concluons donc pas en faveur de leur quantité. IIauroit bien mieux valu que P état Lc l’armée eussent été constitués demaniéré à s’en passer ; alors que de millions épargnés, que de millionsqu’on auroit qu laisser dans les campagnes , ou porter à des dépensesplus utiles ! Ensin dans la guerre , dont on vient de parler, ce ne íòntpas les places qui ont fauve h France , ce font les intrigues de la cour