DE T A C T I Ct U E. Partie 11. iz 7
d'autres affaires l’entraînent, son désir s’efface, 8c cet élan passager n’aété qu’un soupir inutile vers le bien.
Mais, pour conclure cet important article , une refonte aussi entiere,que celle que je propose d airs nos méthodes de subsistances, ne peutavoir lieu, tant qu’on ne changera rien à la constitution de nos trou-pes , ÔC à celle de nos mœurs. Nos troupes ne font pas constituéesmilitairement. Nos mœurs ne sont pas militaires. Nos soldats, Sc nosofficiers encore moins , n’ont ni la frugalité , ni la patience , ni la forcede corps, qui font les qualités primordiales Sc constitutives des gens deguerre. Ces qualités ne font pas honorées dans notre fiecle, elles y sontaffaiblies Sc tournées en ridicule par le luxe, Sc par l’esprit qui domi-ne. Nsus sommes des sybarites ; Sc telle est cependant l’influence del'exemple Sc de la mode fur notre nation, à la fois foible Sc forte ,légere Sc capable de réfléchir, que, si le souverain vouloir en chan-ger les mœurs, lui donner l'esprit militaire, apprendre à commanderles armées, les commander, en bannir le luxe, être lui-même frugalSc patient à souffrir, avant peu d’années les vertus guerrières y devien-draient communes Sc respectées, autant qu’elles le sont peu aujourd’hui.L’honneur si facile de régénérer la nation ne tentera-t*il donc jamaisun de nos princes ?
CONCLUSION.
I e termine ici mon essai général de tactique. J’ai examiné cette science^ dans toutes ses branches, Sc fous tous ses rapports. S’il y a quelquesparties que je n’ai pas approfondies, c’est parce que cet essai n’est quel’ébauche d’un plus grand ouvrage. Je veux que le travail, le temps,l’expérience, la critique m’éclairent Sc donnent plus d’autorité à mesopinions. Je ressemble à ces architectes qui, chargés d’une grande con-struction , en exposent le relief, Sc attendent, observateurs attentifs ,les remarques que fera le public, pour en profiter, avant que d’éleverleur édifice.
II est des objets, importans, fur lesquels je n’ai presque jeté que desdoutes. Tels font l’examcn de notre système actuel , relativement à laformation des armées, Sc à la conduite de la guerre de campagne , Scles changemens, que je pense qu'il scroit avantageux d’y faire. J’ai ap-puyé ces doutes d’assez de détails Sc de raisons , pour mettre sor la voie,quiconque pourra m'entendre. En les donnant, comme assertions, jen’aurois pas mieux convaincu , Sc j’aurois indisposé davantage. Toutce qui tient au ^énre Sc aux généraux , est si délicat à traiter ! Toutce qui tient au genie porte nécessairement une empreinte systématique; Scannoncer des systèmes, c’est déja mettre contre foi une infinité de gensqui les condamnent, fans les lire. II est encore plus dangereux de rai-
onnei sor ce q U i regarde les généraux. Newton , fans crainte de blas-phémé j ola attaquer Descartes &c l’iiurope entiere devenue Cartésienne.