4
Éloge
Frédéric-Guillaume, son père, étoit unprince sage, économe, assez fin politique,mais dur & même féroce envers ses enfans.Militaire, fans être guerrier, & chef d’unearmée, fans savoir en être le général, il avoirmis toute sa pompe k entretenir brillammentsoixante & dix mille soldats. L’ordre, la di-scipline, l’inítruction de cette armée, dontl’infanterie étoit déjà aussi bonne que la ca-valerie étoit négligée, appartenoient en en-tier au prince à’Ankált, qui la commandoitfous lui, ou, pour mieux dire, pour lui.Fréderic-Guillaume avoit la manie des géants,la manie de la tenue, la manie des exercicesde détail, tous ces signes infaillibles d'unesprit qui n'elt pas né pour le grand de laguerre. II en étoit devenu en fia trope ridi-cule plutôt que redoutable, car si les hom-mes en particulier portent souvent de fauxjugemens, les nations ne se trompent jamaisdans l’opinion générale qu’elles prennent desSouverains. Elles lèvent le voile dont ils veu-lent -'envelopper, & les caractérisent d’unmot ou d’un trait qui s’attache pour jamaisk leur mémoire. On appelloit Frédéric- Guil-laume, le Roi-Sergenc; ce qui exprimoit par-faitement son goût pour les détails subalter-nes, & le peu de grandes idées qu’il atta.