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PRISE DE TOULON ,victoire brillante avait produit parmi les puissances coalisées l’effetqu’en avaient espéré le général Dugommier et son conseil de guerre.Elles tremblent pour leurs vaisseaux. Bientôt l’harmonie , entretenueparmi eux par leurs premiers succès , disparaît et fait place à une dis-corde décidée. Chacune d’elles en particulier songé à faire sa retraite ,et les fiers Anglais eux-mêmes se laissent aller à la terreur générale.Quelles sont la surprise et la joie de l’armée française en voyant , le28 (18 décembre) au matin, que lés ennemis ont évacué spontané-ment la redoute Saint-André , les forts des Pommets et des deuxSaint-Antoine, le redoutable Malbousquet et le camp de S.-Elme !Un bruit sourd et lugubre dont la ville retentissait au loin, annonçaitqu’elle était en proie aux convulsions du désespoir et au plus affreuxdésordre. La petite rade était couverte de légers bâtimens qui allaientet venaient avec rapidité , et embarquaient en grande hâte Anglais ,Espagnols , Napolitains, Pie'montais et les malheureux Français quireconnaissaient trop tard combien sont toujours mensongères les pro-messes d’un ennemi (1) , et combien est affreux le sort de ceux qu’uneaveugle fureur arme contre la patrie ! La confusion , la précipitation, lafrayeur présidaient tellement à cet embarquement, qu’il s’en noya ungrand nombre. Quelques embarcations furent coulées bas par les ca-nonniers républicains, qui commençaient à tirer des rivages opposés.
Dans la nuit du28 au 29 (du 18 au xg décembre ), la ville et ensuitele fort Lamalgue furent évacués, et nous y entrâmes le 29 au matin.Les flottes ennemies se retirèrent aux Iles cFHières.
Les Anglais mirent, en partant, le feu aux vaisseaux qu’ils ne purentemmener (2) , ainsi qu’à différens magasins ; mais des secours prompts
(1) On évalue à dix ou douze mille le nombre des Français des deux sexes qui sesont embarqués sur les vaisseaux ennemis lors de leur retraite, tant habitans deToulon , que des villes voisines.
(2) On dit que les Espagnols firent des efforts pour empêcher cet incendie, pré-voyant sans doute que la destruction de la marine française entraînerait la leurpropre lorsque les Anglais se trouveraient sans rivaux sur la mer.