PROPOSÉE POUR LA MARINE. 77
allons offrir pour combattre les vaisseaux : les vrais progrès desarts sont rarement des choses extraordinaires; car toujours cesprogrès doivent sortir de ce qui a été fait antérieurement, etde ce qui est indiqué par la nature même des choses.
Dans la marine militaire, la nature des choses comporte desmoyens de trois espèces : les uns l’elatifs à la destruction desbâtimens ennemis par l’accroissement des effets de l’artille-rie ; les autres relatifs à la conservation de nos propres bâti-mens contre la destruction ; les autres enfin relatifs à la navi-gation. Parlons d’abord des moyens de destruction.
L’artillerie de mer, pour détruire les vaisseaux ennemis,lanceaujourd’hui des boulets massifs dont les plus forts sont du ca-libre de 36 livres; ces projectiles font un effet peu considérablecontre le matériel de l’adversaire, puisque les boulets peuventtomber sur un vaisseau par centaines sans le mettre en dangerde périr (1)5 et l’effet qu’ils produisent contre l’ensemble dupersonnel des armées navales, ne saurait entrer en aucunecomparaison avec ce qui arrive dans les armées de terre,puisque l’Angleterre n’a eu que 1720 marins tués dans lesdouze plus grandes actions maritimes de la guerre de la révo-lution ; qu’elle n’en a eu que 1243 dans toute la guerre del’indépendance d’Amérique , et i5i2 dans toute la guerre desept ans; ce qui fait seulement 4475 hommes tués dans les
(i) Dans l’attaque de lord Exmouth contre Alger , en 1816 , le vaisseau Ylm-prenablc reçut 268 boulets , dont 5 o pénétrèrent au-dessous du pont inférieur;3 boulets de 68 arrivèrent à six pieds au-dessous de la flottaison , et ce vaisseauretourna tranquillement à Gibraltrar. Que serait devenu ce vaisseau s’il avait reçu268 projectiles creux ? D’autres exemples plus frappans pourraient être cités.