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Vol. I.
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EN ESPAGNE. Sect. VI.

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charges de la légion, en faveur de gens fans expérience & souvent sans talens, ne sem-ble pas s’accorder avec la haute idée qu’on a du .militaire Romain, & de la sagesseavec la quelle on le dirigoit.

Pour envisager cet objet sous son vrai point de vuë, il est bon d’observer que lacharge des Tribuns, n’a jamais influé fur l’intérieur de la légion, ni formé une partie es-sentielle de sa constitution. Le détail du service & de la discipline ne rouloit propre-ment que sur les centurions, & fur les fix officiers de la premiere cohorte, les deuxprimipiles, les deux premiers Princes, & les deux premiers Hastaires. C’étoient euxqui veilloient à la conduite & aux intérêts de chaqúe soldat, qui les exercoient, quiles rangeoient en bataille, & qui combattoient avec eux. Les revenus qui prove-noient de la légion étoient aussi pour eux, & j’ai remarqué que le poste de primipile futautant brigué par intérêt que par ambition.

Dans les temps de la République, les Tribuns n’avoient aucun commandementparticulier de l’une ou de plusieurs cohortes, comme quelques uns Pont crû fans fonde-ment. Leur principale fonction étoit selonTite Live de rendre la justice & de juger des L.XXVIH.différens qui s’élevoient entre les soldats. Pour vacquer à cet exercice, on leur dressoirUn tribunal dans l’endroit du camp nommé Principia. Us avoient encore la charge defaire prêter le ferment aux soldats, de veiller à la police & à la fureté du camp, de ré-gler les gardes de nuit & les rondes, d’àssister aux travaux du camp & aux exercices,de marcher avec les troupes, lorsqu’elles alloient au fourage, d’avoir foin des ma-lades , & fur tout d’affister aux conseils de guerre que les Généraux assembloient en cer-taines occasions. Ils se relevoient au reste de six mois en six mois, dans Pexercice deleur charge. De toutes ces fonctions que nous trouvons détaillées dans un passage des^andectes, tiré du Jurisconsulte Aemilius Macer, du temps de PEmpereur Alexandre MacerSevere, il n’y en a point qui ayent eu une influence directe fur le service même des lé- Lu, ff.gions, & qu’on ait pû confier fans risque à des personnes médiocrement versées dans derBmiI ' t *l’art de la guerre. Salluste appelle le tribunal des soldats une Magistrature, & les Ro-mains considéroient chaque armée comme une partie de la République, dont les tri-buns, avec le légat & le Consul ouïe Prêteur représentoient le Sénat.

Cependant, quoiqu’il ne fut pas nécessaire d’avoir l’expérience des primipiles, poufparvenir au tribunat, l’ordre de ces tribuns n’étoit pas moins l’école des Généraux, &la pépinière des plus grands hommes que la République a produits. Suivant une loi as.sottie à un gouvernement militaire, tel qn’étoit celui des Romains, on n’entroit pas dansSénat fans avoir sait un certain nombre de campagnes, & cette loi qu’on négligeadans l a s u } te étoit d’autant plus nécessaire, que c’étoit du Sénat même qu’on tiroir lesGénéraux, q U j dévoient commander les armées. Le chemin pour parvenir aux pre-mières charg es ( j ans i es légions étoit long & pénible, & il convenoit qu’il le fut pourexciter 1 émulation. Pour faciliter donc aux jeunes gens, destinés par leur naissance àde grands employs, J e moyen de servir dans les troupes, & de se rendre habiles dansart de la guerre j on avoit imaginé certains ordres de militaires, qui quoique séparés à

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