3 j6 RAPPORT DES VANNÉES ROMAINES
L’opinion commune est que Ce'sar intercala dans cette année de confusion, outre lemois intercalaire, soixante sept jours. Censorin & Macrobe le disent expressément, &Suetone fans indiquer le nombre de jours, marque seulement que cette année avoit étéde quinte mois. Mais Dion Caílius soutient qu on s’etoit trompé fur le nombre desjours intercalés alors, & qu’il n’y en eut que quarante cinq d’inserés au delà du moisintercalaire ordinaire. L’autorité de Dion Caffius balance rarement celle des autresécrivains. Mais ici il parle en homme instruit, qui après avoir bien examiné fa matiè-re prononce hardiment fur la méprise des autres, & on ne sauroit nier que par sa char-ge de Sénateur il ne fut plus en état que Macrobe & Censorin d’en parler pertinemment.D’ailleurs le témoignage de Suetone qui donne quinze mois à Tannée de confusion nedétruit pas son sentiment, parceque quarante cinq jours qui furent intercalés avec leMerkedonius ordinaire, composent précisément trois mois intercalaires tels qu’ilsétoient en usage.
Cependant rien ne prouve mieux la vérité du sentiment de Dion Caííìus & le nom-bre de quarante cinq jours au lieu de soixante sept intercalés par César, que Thistoiremême & la supputation des dates que les auteurs nous ont laissées des événemens dece temps, parcequ’en effet il n’y avoit que quarante cinq jours de superflus, outre lemois intercalaire que César auroit pû intercaler, pour ramener à sa légitime place le pre-mier Janvier de la nouvelle année.
Il est important en matière de chronologie, de rencontrer dans les anciens auteursles dates de ces événemens naturels & invariables dont on peut fixer par le calcul lesjours & les mois selon notre Ere proleptique, comme sont les Éclipses, les solstices & lesEquinoxes. Ces doubles dates clairement énoncées, nous fervent alors de points fixespour constater de combien de jours Tannée Romaine s’étoit écartée de Tannée solaire,lib X. 17. Si flonc Cicéron date une Lettre à Atticus du XVII. Kal. Junii ou le 16. Mai Romaindans laquelle il parle de TEquinoxe du printemps nouvellement passé, & qui par lemauvais temps qu’il avoit ammené l’empêcha de s’embarquer, onvoit qu’il y a cinquantequatre jours de passés depuis le 2 o. Mars jour de TEquinoxe jusqu’au seizieme Mai, dontil date fa Lettre. On observera que le mauvais temps dont Cicéron se plaint avoit déjaduré quelques jours après TEquinoxe. Aequinoclium nos moratur quod valde pertur-latum erat , de forte que le nombre de ces jours superflus qui infectoient alors le Calen-drier, se réduit aisément à celui de quarante cinq que César fut obligé de retrancher dansJa fuite. Si nous antidatons avec le lavant Uflerius la Lettre de Cicéron de soixantesept jours, il en résulte que ce seroit le 2. de Mars Julien qu’elle auroit été écrite, dixhuit jours avant TEquinoxe, ce qui prouve évidemment que Dion Cassius avoit raisonde taxer d’erreur les auteurs qui augmentoient de 23. jours le nombre de ceux queCésar avoit intercalés. Suivant M. de la Nauze la Lettre de Cicéron étoit datée du1 6. Avril Julien, vingt fix jours après TEquinoxe. Ce calcul ne peut pas non plusêtre juste, vu que Cicéron parle de cet Equinoxe orageux comme d’un temps qui à peineétoit passé. Equinoclium nos moratur, quod yalde perturbatum erat. La date du