LES CESTES DE JULES AFRLCALN. 399
rapports nous intéressent & nous instruisent ; mais tout ce qu’ils ajoutentde leur crû, ne fait pas toujours honneur à leurs lumières. On verra quele premier chapitre des Lestes & le commencement du second contiennentdes détails fort curieux & fort instructifs qu’on lit avec intérêt. Dans leschapitres qui suivent, il n’est plus question de la tactique. II y traite dematières, qui quoiqu’elles ayent quelque rapport à la guerre, font plutôt duressort de la Physique & des Mathématiques. Mais la maniéré dont il discuteces sujets, n’est guere propre à lui mériter l’approbation de la postérité, Lcne dépose pas non plus en faveur de fa morale. On le voir, lorsqu’il propo-se les différens moyens de nuire à l’ennemi, enseigner sart d’empoisonnerles puits, les rivières, les vivres & l’air même. Heureusement tous ces artifi-ces font exposés si obscurément, & fondés fur des superstitions si absurdes,qu’il n’est pas à craindre que l’on soit tenté de profiter de ses leçons. II y aeû un temps où l’on s’est réellement fait un cas de conscience de commu-niquer les Lestes d’Africain au public, par la crainte qu’on n’abusât des secretsqu’on y croyoit renfermés. On dit de Julien Puchard qu’il en avoit com-mencé la traduction latine, mais que saisi d’horreur à la vue des sujets traitésdans ce livre, il y avoit renoncé de bonne heure.
Jules Africain composa son ouvrage dans le temps que les Romainsavoient des guerres très vives & presque continuelles à soutenir contre lesPerses, & que toutes ces nations barbares qui détruisirent dans la fuitel’empire d’Occident, commençerent à se montrer 6c à inquiéter lesfrontières. La peur qu’inspiroit aux Romains la férocité de ces peuples,égaloit leur haine pour eux, & comme après la décadence de la discipline mi-litaire ils eurent de la peine à leur tenir tête les armes à la main, on les vit sou-vent avoir recours aux trahisons & à la perfidie, jusqu’àse permettre des arti-fices de l’espece de ceux qu’enseigne nôtre auteur. Mais ils n’en retirerentla plupart du temps d’autres fruits que la honte de les avoir inutilement ten-tés, 6c ils aigrirent à un tel point les esprits de ces nations, qu’il n’y eûtforte de cruautés & de désolations qu’elles ne se crûssent en droit d’exer-cer pour se vanger de la lâche méchanceté de ces Romains modernes, quiavoient si fort dégénéré de la vertu de leurs Ancêtres. L est fans doute unedes principales causes du mépris & de l’aversion que ces barbares ont eupour eux, ainsi que de l’acharnement avec lequel ils tachèrent d’extirper lesfiabitans de 1 Italie 6c des autres provinces de l’empire Romain.
Fabric. Bi-bliot. Grxc.Tom. V. p.20g.