DES MÉMOIRES MILITAIRES 467
se plie aux différens rapports fous lesquels on les employé. Quand les auteurs en par-lant des travaux des íieges iè fer voient du terme aggerem agere ou siruere, j’ai ditqn’ils entendoient cette haute terraíìè, que les anciens avoient coutume d’elever contreles murs de la ville, & j’ai sondé mon sentiment force que ces auteurs, lorsqu’ils en-trent dans le détail de quelque siégé, l’expliquent eux mêmes par de grands exhausse-itiens de terre, fans donner lieu de soupçonner un travail semblable à celui de faire destranchées à la moderne. Peu importe donc que le chevalier de Lo-looz dise que le motagger signifie aulsi autre chose, il falloir prou ver par quelque exemple que lorsqu’il s’a-git d’un siégé, l’exprelïion à 1 agger es agere ne signifioit pas une terraíìè, mais une tranchée,& c’étoit le moyen que lui fourniífoit une bonne logique, pour entraîner les foftragesde son lecteur. Mais il ne falloir pas citer au hazard un passage de César & dire qu’ilanéantissoit mon sentiment sur l’expresston de vìneas agere & sur la signification du motagger' d’autant plus qu’il est aile de faire voir qu’il n’y a rien compris.
Labienus s’étoit présenté devant la ville de Paris dans le dessein des’en rendre maî-tre: mais comme cette ville étoit entourée d’un marais, il etoit difficile d’en faire lesiégé & de s’appprocher du corps de la place avec des machines ou avec une ter-rasse. Le Général Romain s’appréta alors à exécuter ce que Philon enseigne qu’on doitfaire dans ces rencontres, c’est à dire, à commencer par faire avancer les galeries cou-vertes ( vineœ ) ainsi que les tortues, ( Tejìudines ) pour donner aux pionniers les moyensde s’approcher en sûreté avec les fascines & les autres matériaux nécessaires au comble-ment de ce marais. Labienus primo vìneas agere conabatur. On voit bien que cetteprécaution de íè couvrir par les galeries fi expreíïement enseignée par les maîtres del’art, étoit d’une grande nécessité dans un cas comme celui-ci, où le marais étantproche des murs, il falloit se garantir des traits & des pierres qu’on lançoit du hautde ces murs, & où il est certain qu’un simple épaulement des fascines que le chevalier deLo-looz malgré le témoignage de tous les auteurs substitue ici aux galeries, n’auroitété que de peu de ressource. Il ne s’agissoit donc pas alors de l’élévation d’une terraíìèqu’il auroit exprimé par aggerem agere, mais bien du comblement d’un marais, &, si Cé-sar dit, cratibus atque aggere paludem explere conabatur, il employé sans obscuritéle mot agger dans le sens, qu’il a par rapport à la circonstance préscrite. César en yajoutant, atque iter munire conabatur exprime le même travail qui occupa Demetriusdevant Rhodes, Philippe devant Egine, Titus devant Jérusalem & tant d’autres Gé-néraux, avant de commencer le siégé, savoir celui d’applanir & d’affermir le terrainpour soutenir l’approche & l’emplacement des tours & d’autres machines. Il est du moinscertain que dans tout ce-ei on n’observe rien qui reílemble à nos travaux des tranchées.
Le raisonnement de mon critique confirme en cette occasion, ce que j’ai dit de fu-tilité d'avoir quelque idée de la méthode que les anciens observoient dans leurs sièges, pourêtre en état d expliquer leurs auteurs militaires. • S’il en eût été tant soit peu instruit, il11 auroit pas dit : comment ces galeries qui ne pouvoient être mises en mouvement quePerdes Cylindres de bois , auroient- elles pû avancer au travers d’un marais} II au-
Nnn 2.