Band 
Vol. II.
Seite
496
JPEG-Download
 

DÉFENSE

496

ment de troupes, comme il e'toit pourtant nécestàire de le faire dans le voisinage de ces80 mille Gaulois qui occupoient la ville & la montagne, & dont on ne pouvoit douterque braves & inquiets, ils ne fissent de fréquentes & de grandes sorties, de nuit & deJour, à dessein de troubler les travailleurs & de les accabler de traits & de pierres. Obligédonc à employer une grande partie de ses soldats à la défense de cette ligne, il en man-qua néceílairement pour les autres travaux immenses qu’il avoit imaginés.

Pour obvier à cet inconvénient César dit, qu’il avoit fait faire du côté de la villeun fossé à fond de cuve, de vingt piés de profondeur & d’autant de piés de largeur.Dans toutes les éditions des commentaires de César la distance entre ce fossé perdu & laligne est déterminée à 400. piés ou go. pas Romains qui reviennent à 363. piés ou en-viron 60 toises de Paris. Mais comme un fossé tiré dans tout son contour à une si pe-tite distance de la ligne même, n’en auroit différé par son développement que d’environ500 pas, il est certain, qu’on n’auroit pas été moins obligé d’employer un grand nom-bre de troupes à fa défense, bien que ce fut proprement ce que César vouloir éviter parce nouveau travail. De plus un simple avant-fosté, à la même surface que le reste du ter-rain, à 60. toises de la ligne, auroit-il bien empêché les Gaulois de tirer fur les soldatsoccupés devant les retranchemens à travailler aux chicanes & aux différens ouvragesdont Célar s’étoit proposé d’embarrasser le terrain; & supposez que pour les mettre àl’abri des traits des Gaulois on eût élevé une efpece de rempart derriere ce fossé, n’auroit-on pas ménagé à l’ennemî un épaulement en faveur duquel il auroit pû s’approcher fansrisque? En réfléchissant à la raison que César allègue pourquoi il avoit fait faire ce fos-sé, savoir à la nécessité d’embrasser une grande étendue du terrain très difficile à êtreégalement garni de troupes, on s’appercevra que ce fossé perdu ne pouvoit avoir pour ob-jet que de former autour du poste de l’ennemi une enceinte moins grande & moins diffi-cile à garder que celle de la ligne, & de procurer par ce moyen aux soldats la liberté detravailler derriere cettç enceinte, fans avoir à tout moment à craindre les traits & lessorties de Gaulois.

Ces considérations m’ont fait avancer dans mes mémoires, que l’efpace entre laligne & ce fossé perdu, étoit de quatre cens pas au lieu de quatre cens piés, & qu’étantpar conséquent trop éloigné du rempart de la contrevallatïon pour en être défendu, ons’étoit servi des terres de déblai pour en faire une efpece de rempart que les troupesdestinées à fa défense, bordèrent dans son enceinte. Comme en ordonnant l’exécutionde ce sosie César íri’avoit envisagé que l’avantage de contenir les sorties des Gaulois pen-dant le temps qu’on travailloit aux retranchemens, il le fit excaver à pic, à vingt piésde profondeur, & autant de largeur, de sorte qu’il devint plus profond & plus largeque les fossés mêmes qui entouroient les lignes. Mais n’étant pas de la même éten-due que celles-ci, on voit clairement qu’on put défendre cette enceinte avec moins detroupes, & en faire une excellente barrière très difficile à franchir. César en arrêtantpar là les entreprises de ces Gaulois hardis & fougueux, s’en servit encore pour leur mas-quer l’exécution de tous ses autres travaux. II est vrai que ne donnant pas de talud à ce

fosse,