DES MÉMOIRES MILITAIRES. 5lI
le récit de Hirtius, que César ayant placé fa cavalerie aux ailes de Pinfanterie, il lui or-donna de s’e'tendre, autant qu’il étoit possible, pour empêcher celle de Pennemi d’enve-lopper íà ligne. Deux cens xavaîiers qui auroient été à chaque aile selon le Chevalier,auroient été peu en état de remplir Pintention de Céíàr, ou de faire avec Pinfanterieles différentes attaques dont il est parlé dans la fuite. La raison qui fait douter mon cri-tique de l’arrivée de cette cavalerie est au reste bien frivole. César dépêcha ses ordresau camp, dès le moment que ses avant - coureurs Paver tirent qu’ils avoient vû Pennemide loin. Celui-ci s’avança ensuite à petit pas & en ordre de bataille. Est-il donc in-croyable qu’une troupe à cheval qui n’avoit qu’une petite lieue du camp au champ de ba-taille, ait pû joindre les légions dans cet intervalle de temps? Et, quand même Labie-nus se seroit trouvé avant leur arrivée en présence de Céíàr, comment 1600. de cescavaliers, dont Hirtius dit, que trente avoient fait fuir deux mille Numides, n’au-roient ils pas ailément percé Penceinte assez mince que ceux-ci avoient formée autourde l’armée.
La singulière variation des manuscrits au sujet des chiffres qui indiquent ici le nom-bre des cavaliers & des archers, m’avoit fait croire que c’étoit par une méprise des co-pistes, qu’on lifoit quatre cens au lieu de quatorze cens cavaliers. Mais on n’a pas be-soin de cette correction pour rendre à la narration de Hirtius le mérite de la vraisemblan-ce. Le nombre rapporté par sauteur ne regarde que les cavaliers & les archers quiavoient été d’abord avec Céíàr, avant que l’avis de Papproche de Labienus le détermi-nât à faire venir le reste qu’il avoit laissé au camp. Mon critique fait encore parade de P*8- 9*>Certaine anecdote de huit cens autres chevaux arrivés avec le second transport, mais,comme il n’y a que lui seul qui en faste mention, & seulement à dessein de me contre-dire, je me crois en droit de la rejetter. Au reste en éclairciííànt cette circonstancede 2.000. chevaux pressens à faction, au lieu de 400 comme le prétend mon critique,on contribue beaucoup à l’intelligencc du récit de fauteur.
L’autre observation sur ce pastàge de Hirtius regarde le sens de ces paroles, atqueordinatim signa se leniter consequi (iubrt) que mon critique traduit, & ayant donnéordre à ses légions de continuer la marche par cohorte de front. II est clair que leChevalier n’a pas approfondi le sens attaché par les anciens auteurs dans les récits mili-taires au mot ordo. J’ai prouvé dans mes mémoires íûr la guerre d’Eípagne que la lé-gion étant rangée dans la vieille milice par manipules, on donnoit aux manipules dec haque chaste rangés en une ligne le nom ôl ordines. L’armée s’avançoit ordinatim,lorsque rangée en bataille, elle marchoit à Pennemi. L’ordonnance par cohortes ayantprévalu dans la fuite fur celle des manipules, on continua a dénoter le rang, qu’avoientles cohortes entre elles & les centuries dans les cohortes, par le terme ordo. Primi or-dines , & pritnorum ordinum duclores etoient constamment les six centurions de laPremiere cohorte. Indépendamment de cette façon de s’exprimer, on se servoit aussien parlant de Pordonnance dune armée, du terme ordines , pour exprimer le nombre ^ XXX.^ es rangs ou la profondeur de troupes rangées en bataille. Densi & denfati ordines, ‘ 34.