DÉFENSE
Les Grecs e'tendoient le front de leurs Phalanges, tantôt aux de'pens de leur pro-Gh XX. fondeur, tantôt en mettant plus d’espace entre leurs files. Les Romains qui formoientordinairement leurs légions fur plus d’une ligne, trouvoient dans leurs corps de réser-Tiie Live ve des ressources prêtes pour augmenter dans l’occasion le front de leurs batailles. J’aiXXXI. n. c j te ' autre fois l’exemple du Proconsul Furius qui fe voyant fur le point d’être enveloppépar les Gaulois, fe trouva tout à coup dans la nécessité d’employer la seconde ligne &même son corps de réserve pour opposer aux ennemis un front égal au leur. Nous n’a-vons plus d’ouvrages des Romains de l’elpece dé ceuxd’£lien& d’Arrien propres à nousinstruire de la méthode que les légions observoient, lorsque se trouvant comme les Grecsfur une feule ligne, elles avoient besoin de l’étendre.
On observe cependant que la plupart de ces évolutions que les Grecs ont enseignées,se pratiquoient peut-être facilement dans les places destinées à exercer les soldats & à uncertain éloignement de l’ennemi, mais qu’elles dévoient être dangereuses, & de la plusgrande difficulté, lorsque les armées étoient en présence, d’autant plus qu’avant qued’aller à la charge, elles s’approchoient de très près Pune de l’autre, & que le moin-dre changement fait au front de la bataille devenoit funeste dans ce moment. La situa-tion critique à laquelle César se vit réduit, rendoit ces évolutions infiniment plus diffi-ciles encore qu’elles ne l’étoient ordinairement. Il avoit fur les bras un ennemi, quile serroit de très près: il en étoit même entoure', & par conséquent il étoit obligé defaire front'avec une partie de ses rangs par devant & avec l’autre par derriere. Ses sol-dats découragés & peu stilés à ce genre de combat, ne pensoient qu’à se couvrir deleurs boucliers pour se mettre à l’abri des traits qui pleuvoient fur eux de tous côtés ;neque amplius facere nifi hostium jacula vitare. S’ouvrir devant un tel ennemi, oadécouvrir tant soit peu le flanc, ç’auroit été se l’attirer sur le corps dans l’instant, & s’ex-poser à tout l’effet de ses charges: & c’est cependant dans ce moment que Hirtius veutque César ordonna à ses Cohortes de s’e'tendre fur le plus grand front possible, in Ion -gitudinem quam maximam porrigi .
Mon critique imagine que des trente Cohortes la moitié fit pour lors à droite, &l’autre à gauche, que s’ouvrant du centre vers les ailes elles marchèrent par leur flanc,& s’élargirent de façon que chaque cohorte occupoit douze toises de terrain de plusqu’avant cette extension. Pourroit-on bien se représenter une manœuvre plus dangereuseque celle-ci dans de pareilles circonstances, & qui ne voit qu’avec une semblable contre-marche , on auroit de la maniéré la plus complété prêté le flanc à l’ennemi dans toutel’étendue de la ligne, & qu’aussi longtemps que cette marche eût duré, on auroit été ex-posé aux traits & aux attaques des Numides? Certainement en réfléchissant à ce queHirtius dit du voisinage de ces Numides, de leur acharnement & de leur vitesse, oodoit nécessairement condamner l’idée d’une pareille manœuvre comme très dangereuse& presqu’impoffible dans cette occasion. Le Chevalier, sentant au reste qu’en élar-gissant le front de chaque cohorte à douze toises près, les soldats qui occupoient déjàen tout sens l’efpace de six pies, auroient été après cette extension comme isolés dans