DES MÉMOIRES MILITAIRES. $53
une grande ligne est ordinairement formée, & qu’on ne s’y attache qu’a donner une ide'e clai-re de la dispoíition générale des troupes, fans entrer dans le détail des divisions ou dessections postibles de chaque ligne, je n’avois destiné par cette raison que huit troupes, prin-cipalement pour pouvoir montrer avec moins de confusion leur différentes manœuvres quePolybe de'crit. Croiroit-on qu’un Chevalier de Lo - looz me le repoche très aigrement, &qu’ayant lû par hazard, que les Grecs formoient leurs escadrons fur huit chevaux de front,& fur autant de profondeur, & ainsi de 64 maîtres, il me prouve fort au long que lenombre en a dû être beaucoup plus grand que je ne l’ai marque' ? Il n’a donc qu’à sup-poser que chacune de ces huit sections ne dénoté plus dans mon plan des escadrons, maisdes Hipparchies ou des régi mens entiers formes chez les Grecs de huit escadrons, L pourlors il n’y trouvera plus rien à redire. D’ailleurs il n’est pas encore décidé, que ce queles Tacticiens nous rapportent de l’ordonnance de la cavalerie dans les exercices, aittoujours eu lieu dans les occasions sérieuses. II auroitéte' contraire à la bonne Théorie dela guerre, de ranger la cavalerie en ligne fur huit chevaux de profondeur. Arrien lui mê-me fait déjà la remarque, qu’il valoit souvent mieux ne mettre les escadrons que fur qua-tre rangs.
Mon critiqué’me fait cependant l’honneur de me croire, lorsque je dis que la cava-lerie Carthaginoise a fait volte-face, quoiqu’il lui paroisse encore incertain, si c’est à laPrussienne ou d’une autre maniéré qu’elle l’a fait. Mais il ne peut digérer que Polybedise, que la cavalerie ayant passé en arriéré par les intervalles que l’infanterie lui avoirlaiíles, fit un à droite, & un à gauche, & marcha par son flanc. Un cheval, dit-il, aneuf pieds de longueur & il falloir un grand terrain pour qu’elle pût exécuter des contre-marches comme l’infanterie & changer le front en flanc. J’ai honte de me voir dansla nécessité de répondre à de pareilles miseres. S’il est vrai, comme il le dit, que cequi est d’usage à présent, a naturellement pû être pratiqué dans Pantiquité, pourquoi ré-voquer en doute que la cavalerie des anciens ait fait à droite & à gauche par quatre, ouqu’elle ait exécuté ce mouvement, comme font les Prussiens dans leurs déployemens pardes demi a droite & des demi â gauche, lorsque les cavaliers en s’ouvrant un peu & estpliant leurs chevaux jusqu’à mettre tête à botte de celui qui est à coté, marchent parleur flanc avec toute la vitesse & avec tout Tordre imaginable? Quelqu’ait été la mé-thode des anciens à cet égard, le chevalier en avançant que ce n’étoit que par de grandescaracoles, & par troupes que la cavalerie des anciens se mettoit à marcher par son flanc,ne sait ce qu’il dit, & n’a certainement pas consulté Polybe & les Tacticiens qui lui au-roient fait aisément remarquer qu’on s’y prenoit à cet égard de la même manière doncon s’y prend aujourd’hui. J’ose dire que mon critique parle de la cavalerie, coramys’il ne l’avoit jamais vue manœuvrer.
Tomt iy.
Aa aa