DES MÉMOIRES MILITAIRES. 565
contraire que celle qu’iîs ont eue selon le rapport d’Arrien, répond mieux que tout cequ’ila imagine', au plan général & aux vues d’Alexandre.
Si le deiîêin de ce Prince intrépide n’eût été que de rester fur la défensive, je conçoisque ces deux corps placés en crochet derrière 1’aîle, auroient esté d’une grande utilité'.Mais Alexandre s’e'tant proposé d’agir ossensivement avec cette aste, &d’attaquerlui-mê-me la gauche de l’ennemi en ligne oblique, il n’avoit besoin que d’une bonne avantgar-de capable de mettre le corps de troupes destiné à frapper le grand coup à l’abri d’êtredistrait & détourné de son objet. C’étoit ce que dévoient faire ces deux corps de ca-valerie soutenus par quelque infanterie. Et lorsque l’armée s’avança obliquement & àgrand pas vers Faste gauche de l’ennemi, ce furent aussi eux qui à la pointe de Faste aveclaquelle Alexandre vouloir attaquer, formerent la même avanrgarde que tous lesgrands hommes, qui depuis Alexandre ont attaqué en oblique, n’ont jamais manqué deíe ménager. C’est de cette maniéré que le Roi de Prusse s’y est toujours pris dans tou-tes les batailles où il a exécuté des manœuvres semblables à celles d’Arbéles. Sonavant-garde composée également d’une bonne partie de sa cavalerie & de quelque infanterie, com-mençoit ordinairement par nettoyer le terrain, & par débusquer ce que l’ennetni avoitde cavalerie fur Faste à laquelle il en vouloir.
Tout projet d’attaquer en ligne oblique seroit impraticable sans cette attention. Mr.le Comte de Brezé en a tiré un argument pour prouver contre le Chevalier Folard lanécessité indispensable d’avoir toujours de la cavalerie dans les armées, en montrant que niEpaminondas àLeuctres &àMantinée, ni les autres Généraux, ne seroient jamais venus àbout de battre l’ennemi avec cette disposition, si de bons corps de cavalerie ne leureussent facilité les moyens de s’avancer avec la tête de l’armée, fans être arrêtés ou détour-nés en chemin par la cavalerie de l’ennemi. ~
Alexandre n’auroit donc pas agi en conséquence de son plan d’attaque, s’il avoit pla-cé les corps de troupes qu’Arrien nomme, en crochet derriere. fa cavalerie, & s’il les avoitfait avancer de cette forte avec l’armée qui marchoit en oblique. L’ennemi qu’on su-roît laissé s’approcher des flancs de l’armée dans le dessein de ne le repouílèr que par lestroupes de l’oblique, fe íeroit trouvé à portée de la tête de toute l’armée, & il auroitété pour lors bien dangereux d’avancer, & de laiílèr ce même ennemi en arriéré & auxmains avec les troupes de cette oblique : au lieu que le but d’Alexandre étant de brusquerFattaque, rien n’y estoitplus conforme que la marche de cette avanrgarde, qui la mit àportée d’exécuter l’ordre donné par le Roi àMenidas,. d’avoir l’œil fur chaque mouvementde l’ennemi, pour le prendre en- flanc au moment qu’il seroit mine de tourner Farmée.
La disposition exposée par Arrien avoit un double avantage, celui degarantir Jessiancs& les derrières de l’armée, en prévenant les entreprises de l’ennemi, & celui de procurerala cavalerie qu Alexandre conduisoit en personne & à la Phalange la facilité de se jetteríàns obstacle fur la ligne même des Perles, & de frapper les coups décisifs dont dépen-doit le fort de la bataille.
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