CHAPITRE IV. — ART. XXXIV.
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( l ue ) dans le cas même où l’on y parvien-drait, ce ne serait jamais que la formationd’un ordre parallèle défectueux , et si l’en-nemi poussait l'avant-garde un peu vigou-reusement, il pourrait en résulter la déroutedes troupes qui seraient en mouvement pourse former. ( Voyez la bataille de Rosbach,Traité des grandes opérations. )
Dans le système moderne, av'ec des ar-mées plus mobiles, marchant sur plusieursroutes, et formant autant de fractions capa-bles d’agir indépendamment les unes desautres, ces déroutes seront moins à crain-dre, mais les principes restent les mêmes.Il faut toujours arrêter et former l’avant-garde, puis réunir le gros de ses forces surle point convenable, d’après le but qu’on seproposait en se mettant en marche; quellesque puissent être les manœuvres de l’en-nemi, on se trouvera ainsi en mesure deparer à tout.
ARTICLE XXXIV.
Des surprises d’années.
Nous n’entendons pas examiner ici cespetites surprises de détachements qui con-stituent la guerre des partisans ou destroupes légères, et pour lesquelles la cava-lerie légère russe et turque ont tant de supé-riorité. Nous voulons parler des surprisesd’armées entières.
Avant l’invention des armes à feu, lessurprises étaient plus faciles, car la détona-tion de l’artillerie et de la mousqueterie nepermet guère aujourd’hui de surprendreentièrement une armée, à moins qu’ellen’oublie les premiers devoirs du service, etne laisse arriver l’ennemi au milieu de sesrangs, faute d’avant-postes qui fassent leurdevoir. La guerre de sept ans offre la mé-morable surprise de Hochkirch , comme unexemple assez digne d’être médite; elle
prouve que la surprise ne consiste pas posi-tivement à tomber sur des troupes endor-mies et mal gardées, mais aussi à combinerune attaque sur une de leurs extrémités, demanière à les surprendre et à les déborderen même temps. En effet, il ne s’agit point,de chercher à prendre l’ennemi tellementen défaut qu’on puisse fondre sur deshommes isolés dans leurs tentes , mais biend’arriver avec ses masses, sans être aperçu,sur le point où l’on désirerait d’assaillirl’ennemi avant qu’il ait le temps défaire descontre-dispositions.
Depuis que les armées ne campent plussous la tente , les surprises combinées d’a-vance sont plus rares et plus difficiles , carpour les préméditer, il faut savoir au justela situation du camp ennemi. À Marengo. àLutzen , à Eylau, il y eut comme des espècesde surprises, mais ce n’étaient au fond quedes attaques inattendues auxquelles on nepeut pas donner ce nom. La seule grandesurprise que nous puissions citer , est cellede Taroutin en 1812 , où Murat fut assailliet battu par Benningsen : pour justifier sondéfaut de prudence , Murat allégua qu’il sereposait sur un armistice tacite; mais iln’existait aucune convention pareille, et ilse laissa surprendre par une négligence im-pardonnable.
Il est évident que la manière la plus fa-vorable d’attaquer une armée, c’est de tom-ber un peu avant le jour sur son camp , aumoment où elle ne s’attend à rien de pareil ;le trouble y sera inévitable, et si l’on jointà cet avantage celui de bien connaître leslocalités, et de donner à ses masses une di-rection tactique et stratégique convenable,on peut se flatter d’une victoire complète,à moins d’événements imprévus. C’est uneopération de guerre qu’il ne faut point mé-priser, quoiqu’elle soit plus rare et moinsbrillante que de grandes combinaisons stra-tégiques, qui assurent la victoire, pour ainsidire, avant d’avoir combattu.
Par la même raison qu’il faut profiter de