CHAPITRE IV. — ART. XXXV.
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supposer qu’une armée établie dans ungrand camp retranché, en présence de l’en-nemi , fasse assez mal son devoir pour selaisser surprendre ; d’autant plus que larègle de tous les services est de se mettresous les armes dès l’aube du jour. Commeil est donc probable qu’on en viendra tou-jours à une attaque de vive force, il re-suite , de la nature même de l’operation,que les précautions suivantes sont indi-quées comme les plus simples et les plusrationnelles :
1° Éteindre d’abord le feu des ouvragespar une artillerie formidable, qui rempliten même temps le double but d’ébranler lemoral des défenseurs;
2" Munir les troupes de tous les objetsnécessaires (comme fascines et petiteséchelles ) pour faciliter le comblement dufossé et l’abordage du parapet ;
3° Diriger trois petites colonnes sur l’ou-vrage que l’on veut emporter, en les secon-dant par des tirailleurs, et tenant des ré-serves à portée de les soutenir ;
Jt° Profiter de tous les accidents du ter-rain pour mettre les troupes à l’abri, et neles découvrir que le plus tard possible ;
8° Donner des instructions précises auxcolonnes principales sur ce qu’elles aurontà faire quand un ouvrage sera enlevé, etqu’il s’agira d’aborder les forces ennemiesqui occupent le camp ; enfin, désigner lescorps de cavalerie qui devront concourir àl’attaque de ces forces, si le terrain le per-met. Après ces recommandations, il n’y aplus qu’une chose à faire, c’est de lancerses troupes avec toute la vivacité possiblesur les ouvrages, en même temps qu’un dé-tachement les tournera par la gorge, car lamoindre hésitation est pire, en pareil casque la plus audacieuse témérité.
Nous ajouterons néanmoins, que desexercices gymnastiques pour familiariserles soldats avec les escalades et les attaquesde postes barricadés, seraient pour le moinsaussi utiles que tous les exercices qu’on
leur fait faire ; et que la balistique modernepourrait bien exercer l’esprit de MM. lesingénieurs, pour trouver les moyens de fa-ciliter , par des machines portatives lefranchissement d’un fossé de campagne etl’escalade d’un parapet.
De toutes les dispositions que j’ai luessur ces matières, celles de l’assaut de Var sovie et du camp retranché de Mayence sontles mieux conçues. Thielke nous donne unedisposition de Laudon pour l’attaque ducamp de Bunzelwitz, qui ne fut pas exécu-tée, mais qui n’en est pas moins à offrircomme un bon exemple.
L’attaque de Varsovie surtout peut êtrecitée comme une des plus belles opérationsde ce genre, et fait autant d’honneur au maré-chal Paskéwitch qu’aux troupes qui l’exécutè-rent. Voilà un exemple de ce qu’il convientde faire. Quant aux exemples de ce qu’ilfaut éviter, on ne peut rien citer de pire queles dispositions prescrites pour l’attaque deDresde , en 1813. Ceux qui en furent lesauteurs ou les rédacteurs , n’auraient pumieux faire s’ils eussent voulu empêcherde prendre ce camp ; on peut lire ces dis-positions dans l’ouvrage du général Plotho,quoiqu elles y soient déjà revues et cor-rigées.
A côte des attaques de cette nature, onpeut placer les assauts ou escalades mémo-rables de Port-Mahon, en 1786, et deBerg-op-Zoom, en 174-7 ; l’une et l’autre, bienqu’elles aient été précédées d’un siège, n’enfurent pas moins des coups de main bril-lants , puisqu’il n’y avait pas brèche suffi-sante pour un assaut régulier. Les assautsde Praga, Oczakoff et Ismaè’l, peuvent aussiêtre rangés dans la même classe : quoiquedans ces dernières villes les parapets enterre et en partie éboulés favorisassent l’es-calade, il n’y en eut pas moins de mérite àl’exécuter.
Pour les lignes retranchées contiguës,