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CHAPITRE IV. — ART. XXXV.
bien qu’elles semblent mieux liées que lesouvrages isolés, elles sont encore plus fa-ciles à emporter, parce que, construites surune étendue de plusieurs lieues, il est pres-que impossible d’empêcher l’ennemi de pé-nétrer sur un point ; la prise de celles deMayence et de Weissembourg que nousavons rapportée dans l’Histoire des guerresde la révolution { chap. XXI et LU), celles deslignes de Turin par le prince Eugène deSavoie , en 1706, sont des grandes leçons àétudier.
Ce fameux événement de Turin , que nousavons déjà souvent cité, est trop connu pourque nous en rappellions les circonstances ,mais nous ne pouvons vraiment pas nousdispenser d’observer que jamais triomphene fut acheté à si bon marché, ni plus diffi-cile à concevoir. A la vérité , le plan straté-gique fut admirable ; la marche depuis l’A-dige par Plaisance sur Asti par la rive droitedu Pô, laissant les Français sur le Mincio ,fut parfaitement combinée, bien qu’exécu-tée avec une lenteur inconcevable : maisquant aux opérations sous Turin , il fautavouer que les vainqueurs furent plus heu-reux que sages. Le prince Eugène n’eut pasbesoin d’un grand effort de génie pour ré-diger l’ordre qu’il donna à son armée, et ilfallait qu’il méprisât cruellement ses adver-saires pour exécuter la marche qui devaitporter §5,000 alliés de dix nations diffé-rentes, entre 80,000 Français et les Alpes ,se promenant pendant 48 heures autour deleur camp, par la plus fameuse marche deflanc qui ait jamais été tentée. Outre cela,la disposition de l’attaque en elle-même futsi laconique et si peu instructive, que cha-que officier d’état-major en donnerait au-jourd’hui une plus satisfaisante. Prescrirela formation de huit colonnes d’infanteriepar brigades sur deux lignes, leur donner
(1) Albergotti ne fut pas moins coupable queMavsin : placé avec 40 bataillons à la rive droite duPo» où il n’y eut pas d’attaque, il refusa de mar-
l’ordre de couronner les retranchements,et d’y pratiquer des ouvertures pour queles colonnes de cavalerie qui suivaient pus-sent pénétrer dans le camp ; voilà toute lascience que le prince Eugène sut appelerau secours de son audacieuse entreprise. Ilest vrai qu’il avait bien choisi le point fai-ble du retranchement, car il était si miséra-ble qu’il n’avait pas trois pieds au-dessusdu sol, et ne couvrait pas ses défenseurs àmi-corps.
Quant aux généraux qui commandaientce camp de Turin , leur panégyrique a étéfait par un des historiens du prince Eugène;M. de M*** , sans craindre de diminuer lagloire de son héros, se récrie naïvementcontre la cour de France, qui donna des élo-ges à des généraux dont la conduite aurait entoute justice mérité l’échafaud. Sans doute, iln’a voulu parler que de Marsin, car chacunsait que le duc d’Orléans avait protesté con-tre l’idée d’attendre l’ennemi dans les li-gnes, et que deux blessures le mirent horsde combat dès le commencement de l’atta-que; pour le vrai coupable, il expia , parune mort honorable, une faute que rien nesaurait justifier (1).
Mais je suis entraîné par mon sujet, et ilfaut revenir aux mesures les plus convena-bles pour une attaque contre les lignes. Sicelles-ci sont d’un relief assez fort pour enrendre l’assaut redoutable, et si, au con-traire, il y a moyen de les déborder ou deles tourner par des manœuvres stratégi-ques, ce parti serait toujours plus convena-ble qu’une attaque chanceuse. En cas con-traire, et si l’on a quelque motif de préférercelui-ci, il faudrait choisir un point sur unedes ailes, parce qu’il est assez naturel quele centre soit plus aisé à soutenir. Toutefoison a vu aussi, qu’une attaque sur une aileétant regardée avec raison comme la plus
cher au secours de Marsin, ce qui arrive toujoursen pareil cas, chacun ne s’inquiétant que du pointqu’il occupe.