CHAPITRE IV.-ART. XXXV.
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vraisemblable, on réussissait à tromper ledéfenseur en dirigeant une fausse attaqueun peu forte de ce côté, tandis que la vraie,faite sur le centre, réussissait précisémentparce qu’elle n’était pas probable. Dans cessortes de combinaisons, les localités et l’es-prit des généraux doivent décider le meil-leur mode à suivre.
D’ailleurs, quant à l’exécution de l’atta-que, on ne peut guère prendre d’autresmoyens que ceux recommandés pour lescamps retranchés. Cependant, comme ceslignes, autrefois du moins, avaient souventle relief et les proportions d’ouvrages per-manents, il peut arriver que l’escalade soitdifficile, excepté pour les ouvrages en terredéjà un peu anciens, dont le talus seraitdégradé par le temps et accessible à uneinfanterie un peu leste. Tels étaient, coinmènous l’avons dit, les remparts d’Ismaèl etde Praga ; telle était aussi la citadelle deSmolensk , que le général Paskéwitch défen-dit avec tant de gloire contre Ney, parcequ’il préféra défendre les ravins qui la pré-cédaient, plutôt que de se réfugier derrièreun mauvais parapet à peine incliné à 30degrés.
Si une ligne est appuyée à un fleuve, ilsemble absurde de songer, même à pénétrersur cette aile, parce que l’ennemi, rassem-blant ses forces dont le gros serait vers lecentre, pourrait culbuter les colonnes quis’avanceraient ainsi entre elles et le fleuve,en sorte que leur perte totale serait cer-taine. Cependant on a vu cette absurditéréussir, parce que l’ennemi, force derrièreses lignes, songe rarement a un retour of-fensif, quelque avantageux qu’il paraisse ;car le général et les soldats qui cherchentun refuge dans des lignes sont déjà à moitiévaincus, et l’idée de prendre l’offensivene leur vient pas quand leurs retranche-ments se trouvent déjà envahis. Toutefoisil serait impossible de conseiller l’essaid’une pareille manœuvre; le général quis’y exposerait, et qui éprouverait le sort
de Tallard à Hochstett, n’aurait pas à s’enplaindre.
Pour ce qui concerne la défense descamps retranchés et des lignes, on n’a pasbeaucoup de maximes à donner : la pre-mière est incontestablement de s’assurer debonnes réserves, placées entre le centre etchacune des ailes, ou, pour mieux dire, surla droite de l’aile gauche, et sur la gauchede l’aile droite. Par ce moyen, on pourraaccourir au secours du point qui seraitforcé, avec toute la promptitude possible,ce qu’une seule réserve centrale ne permet-trait pas. On a pensé même que trois ré-serves ne seraient pas trop, si le retranche-ment était très-étendu ; quant à moi, jepencherais pour n’en avoir que deux. Unerecommandation non moins essentielle, c’estde bien pénétrer les troupes de l’idéequ’une affaire ne serait pas désespérée parceque la ligne se trouverait franchie sur unpoint. Si l’on a de bonnes réserves quiprennent l’initiative à propos, on n’en serapas moins victorieux, en conservant sa pré-sence d’esprit pour les bien engager aupoint et au moment convenables. Les trou-pes qui défendront le fossé et le parapet, seconformeront à des instructions donnéespar les ingénieurs d’après les usages prati-qués dans les sièges; toutefois, il faut’enconvenir, un bon ouvrage sur les détails duservice de l’infanterie dans les sièges etcamps retranchés, qui soit à la portée desofficiers de cette arme, est un ouvrage en-core à faire ; une pareille entreprise n’arien de commun avec ce tableau, car ce doitêtre l’objet d’un règlement et non un livredogmatique.
Des coups de : main.
Les coups de main sont des entrepriseshardies qu’un détachement de l’armée tente