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CHAPITRE IV. — ART. XXXV.
pour s’emparer d’un poste plus ou moinsimportant ou plus ou moins fort (1). Ilsparticipent à la fois des surprises ou desattaques de vive force, car on emploie éga-lement ces deux espèces de moyens, pourarriver à ses lins. Bien qu’en apparenceces sortes d’entreprises semblent appartenirpresque exclusivement à la tactique, on nepeut se dissimuler néanmoins qu’elles tirenttoute leur importance des rapports qu’au-raient les postes enlevés avec les combinai-sons stratégiques des opérations. Aussi se-rons-nous bientôt appelé à en dire quelquesmots à l’art. 86, en parlant des détache-ments : mais quelque fâcheuses que soientces répétitions, nous sommes obligé d’enfaire mention ici pour ce qui concerne leurexécution, qui rentre entièrement dans ledomaine des attaques de retranchements.
Ce n’est pas, néanmoins, que nous pré-tendions les soumettre aux règles de la tac-tique, puisqu’un coup de main dit déjà parlui-même, que c’est en quelque sorte uneentreprise en dehors de toutes les réglésordinaires. Nous voulons seulement les citerici pour mémoire, en renvoyant nos lec-teurs aux divers ouvrages historiques oudidactiques qui ont pu en faire mention.
Nous avons déjà signalé la nature desrésultats souvent très-importants que l’onpeut s’en promettre. La prise de Sizipolien 1828 ; l’attaque manquée du général Pé-trasch sur Kehl en 1796; les singulièressurprises de Crémone en 1702, de Gibral tar en 170-4 et de Berg-op-Z.oom en 181-4,comme les escalades du Port-Mahon et deBadajos, peuvent donner une idée de diffé-rentes espèces de coups de mains. Les unssont l’effet de la surprise, les autres se fontde vive force : l’adresse, la ruse, la terreur,l’audace, sont des éléments de succès pources sortes d’entreprises.
(1) Il faut distinguer l’importance et la forced’un point attaqué, car il s’en faut de beaucoupqu’un point fort soit toujours important.
Dans la manière actuelle de faire laguerre , l’enlèvement d’un poste, quelquefort qu’il soit par son site, n’aurait plusl’importance qu’on y attachait autrefois , àmoins qu’il n’offrît un avantage stratégiquesusceptible d’influer sur les résultats d’unegrande opération.
La prise ou la destruction d’un pont re-tranché, celle d’un grand convoi, celle d’unpetit fort barrant des passages importants,comme les deux attaques qui eurent lieu en1799 sur le fort du Lucisteig dans les Gri sons ; la prise de Leutasch et de Scharnitz par Ney en 180S ; enfin l’enlèvement d’unposte même non fortifié, mais qui serviraitde grand dépôt de vivres et de munitionsindispensables à l’ennemi, telles sont lesentreprises qui peuvent dédommager desrisques auxquels on exposerait un détache-ment pour les exécuter.
Les Cosaques ont parfois tenté aussi descoups de main dans les dernières guerres ;l’attaque de Laon par le prince Lapouliin,celles de Cassel et de Châlons , ont eu desavantages, mais rentrent néanmoins tout àfait dans la classe des entreprises secon-daires dont l’effet le plus positif est de har-celer et d’inquiéter l’ennemi.
Quelles instructions pourrait-on donnersur ces sortes d’entreprises en général, lesmémoires de Montluc, et les stratagèmes deFrontin , ces vieilles histoires qu’on croiraitd’un autre monde, en diront cependant plusque moi sur ce chapitre ; l’escalade, la sur-prise, la terreur, ne se laissentpas formuleren maximes.
Les uns ont enlevé des postes en com-blant les fossés, tantôt avec des fascines,tantôt avec des sacs de laine ; on y a mêmeemployé par fois du fumier : d’autres ontréussi au moyen d’échelles sans lesquelleson tente rarement pareille entreprise ; enfinon s’est servi aussi de crampons attachésaux mains et aux souliers des soldats pourgravir des rochers qui dominaient un retran-chement. D’autres se sont introduits par